“Purché tiri al favoloso”. Giovan Battista Marino entre mythe, métamorphose et émerveillement. Une exposition exceptionnelle à l’Académie des Beaux-Arts de Rome jusqu’au 7 mars (original en français et version italienne)

di Philippe PREVAL

Après la Galerie Borghèse, qui lui avait rendu hommage au premier trimestre 2025, après la bibliothèque Mazarine qui avait présenté ses livres au dernier trimestre de l’année marquant le 400e anniversaire de sa mort, c’est autour de l’Accademia di Belle Arti di Roma d’accueillir Giambatista Marino. A la manière de Dionysos, Marino se déplace de sanctuaire en sanctuaire. Comme le grand dieu grec, il est « épidémique ».

Et chaque sanctuaire culturel l’accueille à sa manière. Des tableaux magnifiques à la Galerie Borghèse, des livres rares et une invitation  à la méditation à la Mazarine, une création artistique immersive à l’Accademia.

Car dans la salle du Colleoni, qui tire son nom de l’imposant moulage en plâtre de la statue de Verrocchio, c’est bien une expérience d’art total qui est proposée au visiteur. Plongé dans la galerie Farnèse dont des gravures se retrouvent délicatement transposées sur des miroirs, baignant dans la musique baroque contemporaine du poète, le spectateur voit de toutes parts, surgir, défiler, fusionner et émerger le paysage mental de la Galeria publiée en 1619 puis dans ce déferlement d’image arrive la voix du poète lui-même qui déclame ses propres textes.

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Fantaisie ekphrasique, mêlant tableaux véritables, inventions et utopies picturales, alternant madrigaux et sonnets par centaines, peintures et sculptures, composant un palais idéal, véritable cosa mentale, la Galeria est un tout petit livre qui tient dans la poche (comme tous les livres de Marino à l’exception de l’Adone). Le poète était peu satisfait du travail de l’éditeur vénitien Giovan Battista Ciotti. Il lui reprochait ses nombreuses fautes et eut voulu des illustrations. Mais comment illustrer une telle œuvre sans risquer le pléonasme pour les œuvres existantes ou pire encore la faute de goût pour celles qui n’existaient que dans son imagination. Comment donner corps à ce musée imaginaire que Marino créa 450 ans avant Malraux ?

Cette aporie, c’est précisément ce que réussit à réaliser l’exposition qui nous donne de Marino, une étonnante impression d’actualité. Celui qui fut la réincarnation d’Ovide, celui qui réécrivit dans l’Adone, les Métamorphoses et n’hésita pas à y intégrer Lucrèce puis ses glorieux prédécesseurs, l’Arioste et le Tasse, nous semble d’un coup, par la magie des curatrices Dalma Frascarelli et Floriana Boni, et par le talent des jeunes artistes de l’Accademia, être un poète contemporain brassant tous les arts, ne connaissant aucune limite, aucune retenue.

Marino disait de sa Galeria qu’elle n’existait pas sur le papier mais dans l’œil de celui qui lisait ses poèmes, qu’elle était en perpétuelle mutation et prenait une nouvelle forme à chaque fois qu’un nouveau regard se posait sur elle. Il soulignait ainsi sa parenté évidente avec les Métamorphoses d’Ovide.

Dans une petite pièce attenante, le visiteur pourra même s’introduire, grâce à la réalité virtuelle,  dans le cabinet de travail de Marino, feuilleter ses dessins, dont deux des fameux « dessins Marino » de Poussin, en particulier la Naissance de Priape, fils bien membré de Vénus et Bacchus, contempler des œuvres d’art qu’il aurait pu aimer comme la Mort d’Adonis de Rubens, ou la Vénus épiée par des satyres de Poussin. La technologie et la recherche artistique transforment ainsi le patrimoine, l’histoire de la littérature et l’histoire de l’art en une expérience contemporaine très enrichissante, que le visiteur peut approfondir grâce à l’excellent catalogue.

En 1640, Bourdelot (Pierre Michon Bourdelot, dit l’abbé Bourdelot), un libertin érudit français qui passa quelques années à Rome, dit qu’on pouvait trouver ce qu’on voulait dans la ville des Papes, tout ce qui était propre au plaisir, jeunes filles peu farouches, jeunes garçons accommodants, les meilleurs vins, les plus belles œuvres d’art, mais pas de livres de Giambatista Marino. Depuis 1627 le Saint Office les avait mis à l’Index. Il en autorisait la consultation dans ses sombres officines, notant avec soin qui les avait lus et quand, avec la même bienveillance et la même méticulosité que les agents du NKVD. Mais en dehors de celles-ci, les livres étaient strictement proscrits.

On peut se demander les raisons de cet ostracisme intellectuel qui réussit finalement à chasser Marino des consciences et de la culture commune. Si l’Adone donne au culte de Vénus un tour délibérément marial, si les joies de l’amour physique sont chantées à longueur de pages, on peut tout de même voir dans cela des pêchers bien véniels. Ce que lui reprochaient les encapuchonnés était sans doute plus profond, ils lui reprochaient d’aimer Vénus, Eros, Apollon et Dionysos, de les fréquenter, de les cultiver, ils lui reprochaient de leur avoir construit au moyen de ses vers de nouveaux sanctuaires.

L’index est une histoire ancienne. Marino a retrouvé sa liberté. Il peut à nouveau parcourir le monde dans une joyeuse et tonitruante bacchanale. Son cortège fait halte à Rome, Via di Ripetta, pour quelques jours. Profitez-en !

Nietzsche disait « il n’y a qu’une façon de comprendre Eschyle, être Eschyle » ; c’est bien ce qui anime les créateurs de cette exposition.

Philippe PREVAL   Rome 22 Février 2026

Versione italiana

Dopo la Galleria Borghese, che gli ha reso omaggio nel primo trimestre del 2025, e la Biblioteca Mazzarino, che ha presentato i suoi libri nell’ultimo trimestre dell’anno in occasione del 400° anniversario della sua morte, tocca ora all’Accademia di Belle Arti di Roma accogliere Giambattista Marino. Come Dioniso, Marino viaggia di santuario in santuario. Come il grande dio greco, è “epidemico”. E ogni santuario culturale lo accoglie a modo suo. Magnifici dipinti alla Galleria Borghese, libri rari e un invito alla meditazione alla Mazzarino, e una creazione artistica immersiva all’Accademia. Infatti, nella Sala Colleoni, che prende il nome dall’imponente calco in gesso della statua del Verrocchio, ai visitatori viene offerta un’esperienza artistica davvero totale. Immerso nella Galleria Farnese, le cui incisioni sono delicatamente trasposte su specchi, e immerso nella musica barocca contemporanea al poeta, lo spettatore vede il paesaggio mentale della Galeria, pubblicata nel 1619, emergere da ogni lato, dispiegarsi, fondersi e prendere forma. Poi, in questo torrente di immagini, giunge la voce del poeta stesso, che declama i suoi testi. Fantasia ecfrastica, che fonde dipinti reali, invenzioni e utopie pittoriche, alternando centinaia di madrigali e sonetti, dipinti e sculture, componendo un palazzo ideale, una vera e propria cosa mentale, la Galeria è un piccolo libro che sta in una tasca (come tutti i libri di Marino, tranne Adone). Il poeta era insoddisfatto dell’opera dell’editore veneziano Giovan Battista Ciotti. Criticava i suoi numerosi errori e avrebbe preferito delle illustrazioni. Ma come si può illustrare un simile corpus di opere senza rischiare di rendere ridondanti opere esistenti o, peggio, di creare cattivo gusto per quelle che esistevano solo nella sua immaginazione? Come dare forma a questo museo immaginario che Marino creò 450 anni prima di Malraux? Questo dilemma è esattamente ciò che la mostra riesce a risolvere, offrendoci un’impressionante sensazione della perenne attualità di Marino. Colui che fu la reincarnazione di Ovidio, colui che riscrisse le Metamorfosi nell’Adone e che non esitò a incorporare Lucrezio e poi i suoi illustri predecessori, Ariosto e Tasso, ci appare improvvisamente, grazie alla magia delle curatrici Dalma Frascarelli e Floriana Boni e al talento dei giovani artisti dell’Accademia, come un poeta contemporaneo che abbraccia tutte le arti, senza limiti né restrizioni. Marino disse della sua Galeria che non esisteva sulla carta, ma nell’occhio di chi guardava le sue poesie, che era in perpetuo flusso e assumeva una nuova forma ogni volta che un nuovo sguardo vi si posava sopra. Sottolineava così la sua evidente affinità con le Metamorfosi di Ovidio. In una piccola sala adiacente, i visitatori possono persino entrare nello studio di Marino utilizzando la realtà virtuale, sfogliare i suoi disegni, tra cui due dei famosi “disegni di Marino” di Poussin, in particolare La nascita di Priapo, il figlio ben dotato di Venere e Bacco, e contemplare opere d’arte che avrebbe potuto ammirare, come La morte di Adone di Rubens o Venere spiata dai satiri di Poussin. Tecnologia e ricerca artistica trasformano così il patrimonio, la storia letteraria e la storia dell’arte in un’esperienza contemporanea altamente arricchente, che i visitatori possono approfondire grazie all’eccellente catalogo. Nel 1640, Bourdelot (Pierre Michon Bourdelot, noto come Abbé Bourdelot), un colto libertino francese che trascorse alcuni anni a Roma, osservò che nella città dei Papi si poteva trovare tutto ciò che si desiderava: tutto ciò che conduceva al piacere, giovani donne disinibite, giovani uomini accomodanti, i vini più pregiati, le opere d’arte più belle, ma nessun libro di Giambattista Marino. Dal 1627, il Sant’Uffizio li aveva inseriti nell’Indice. Ne consentiva la consultazione nei suoi oscuri uffici, annotando meticolosamente chi li aveva letti e quando, con la stessa benevolenza e meticolosità degli agenti dell’NKVD. Ma al di fuori di questi uffici, i libri erano severamente proibiti. Ci si potrebbe interrogare sulle ragioni di questo ostracismo intellettuale che alla fine riuscì a bandire Marino dalla coscienza pubblica e dalla cultura comune. Sebbene l’Adone dia al culto di Venere una svolta volutamente mariana, e le gioie dell’amore fisico siano ampiamente celebrate, si può comunque vedere in ciò un peccato piuttosto veniale. Ciò di cui gli incappucciati gli rimproveravano era senza dubbio più profondo; lo rimproveravano di amare Venere, Eros, Apollo e Dioniso, di frequentarli, di coltivarli; lo rimproveravano di aver costruito per loro nuovi santuari attraverso i suoi versi. L’Indice è storia antica. Marino ha riconquistato la sua libertà. Può di nuovo vagare per il mondo in un baccanale gioioso e fragoroso. Il suo seguito si ferma a Roma, in Via di Ripetta, per qualche giorno. Buona visione!
Nietzche diceva: “C’è un solo modo per capire Eschilo, essere Eschilo”; questo è ciò che muove gli ideatori di questa mostra