Un monument très attendu et enfin disponible le Catalogue raisonné de l’œuvre peint de Nicolas Poussin, par Pierre Rosenberg, avec la collaboration de Christel Dupuy (original en français et version italienne)

di Phlippe PREVAL

En 1960, le grand Anthony Blunt montait avec Charles Sterling l’exposition Poussin au Louvre qui fit sortir le peintre français de son respectable tombeau. Célèbre, il était néanmoins très mal connu.

Le savoir sur l’œuvre, parcellaire et superficiel, était dans le plus grand désordre : le vrai se mêlait au faux, les chronologies s’entrechoquaient, certaines copies trônaient dans des musées alors que les œuvres autographes dormaient dans des châteaux.

Le jeune Rosenberg, ne fut pas de cette aventure, il faisait alors ses classes au musée de Rouen dont il rédigeait le catalogue. Cependant un an plus tard à peine, il y organisait sa première exposition… Poussin, pour laquelle Anthony Blunt rédigeait une introduction et Jacques Thuillier, un essai important[1].

Aujourd’hui le grand Rosenberg publie son opus magnum, le catalogue raisonné de l’œuvre peint de Nicolas Poussin. Friedlander, Blunt, Thuillier, Oberhuber et Rosenberg, en 65 années, le travail acharné des grands poussinistes a profondément transformé le paysage du savoir : la chronologie est rétablie, le bon grain a été séparé de l’ivraie et la compréhension de l’œuvre est infiniment supérieure à ce qu’elle était.

Le catalogue de Pierre Rosenberg et Christel Dupuy, attendu depuis des années, et qui devra figurer dans la bibliothèques de tous les amoureux de la peinture[1], parachève cette refondation de Nicolas Poussin peintre français, après ceux de Blunt (1966) et Thuillier (1974-1994), il marque en même temps le début d’une nouvelle ère et ouvre la voie à d’autres types de recherches plus sectorielles qui ont déjà commencé avec tous ces travaux accolant le nom du peintre à un concept: Poussin et la nature, conçue par Rosenberg lui-même, Poussin et l’amitié, Poussin et la France, Poussin comme peintre, Poussin et l’amour, Poussin contre Rubens, Poussin et la poétique de la peinture, Poussin et la dialectique de la peinture, Poussin et l’idéologie dynastique française, Poussin et Dieu, Poussin et la danse, etc…

A Dieu ne plaise qu’il n’y ait un jour Poussin et la cuisine normande, Poussin et l’agriculture de montagne… Cependant, quand bien même cela serait, ces études ne pourraient faire l’économie des 1400 pages sans compter les annexes que viennent de publier les éditions Flammarion car elles constituent le fondement des recherches pour le siècle à venir.

Dans son scriptorium du VIe arrondissement, entouré de sa garde prétorienne de jeunes historiens d’art, Pierre Rosenberg a travaillé pendant plus de quinze ans sur le sujet. Certains doutaient que le livre ne sorte jamais. Mais il poursuivait son œuvre en silence, collationnant, vérifiant, amassant une documentation considérable qui rejoindra un jour le musée du Grand Siècle, découvrant des textes inconnus, revoyant des tableaux que pourtant il connait par cœur, échangeant avec un grand nombre de chercheurs, aussi généreux de son savoir qu’avide de nouvelles idées.

Et maintenant l’œuvre est devant nous, monumentale, considérable : 4 tomes, 1650 pages en comptant les annexes, huit kilogrammes de papier glacé. Le premier tome est principalement consacré à des essais qui font le point sur l’état des connaissances : la vie, les commanditaires, le prix des tableaux, leurs modalités de transport, les maladies, … Chaque sujet est abordé de façon synthétique. De courts textes d’une prose enlevée, où le lecteur trouve l’essentiel. Au passage Pierre Rosenberg n’hésite pas à régler des questions épineuses comme celle-là :

Poussin a-t-il copié ? S’est-il copié ? La question a embarrassé. Nous sommes persuadé que Poussin ne copie pas et ne se copie pas. Certes, il a admiré et étudié Les Noces aldobrandines, Titien dans ses premières années romaines et surtout Raphaël, son dieu, mais il ne les copie pas. Poussin, comme il l’affirme lui-même, ne se répète jamais : « je sais bien que je n’aurai jamais du plaisir à refaire ce que j’ai déjà fait une fois », écrit-il en janvier 1642 au sujet de la première série des Sacrements et, quelques mois plus tard : « parce que je suis bon à faire du nouveau, et non à copier ce que j’ai déjà fait une fois ». Poussin écrit encore:

« Je ne suis point de ceux qui en chantans prennent tousiours le mesme ton et je scais varier quan je veus »

Il termine sur une note personnelle intitulée « les yeux et l’esprit » où il livre sa réflexion sur un peintre marginal, profondément humain, cultivé, novateur, solitaire ; un compagnon de route avec lequel il a cheminé sa vie durant avec chevillée au corps, la volonté de faire aimer, de transmettre l’amour d’un peintre difficile :

Nous l’avons dit, Poussin a placé la barre haut, si haut qu’elle a écarté de son œuvre ce que l’on appelle le grand public. Il n’est pas aimé. Comment le rendre accessible à ceux, nombreux encore, qui aiment la peinture, la peinture ancienne et moderne ? Comment le faire aimer ? […]

Depuis plus de soixante ans, Poussin n’a jamais cessé d’être présent dans ma vie professionnelle […].  De Poussin, j’admire la probité. J’ai tenté de m’en inspirer.

[…]

Satisfaire les yeux et l’esprit, qui mieux que Poussin sut le faire ? Qui mieux que Poussin sut, à ceux qui voudront prendre leur temps, apporter émotion et délectation ?

L’œuvre se déploie de la fin du premier tome -les tableaux précédant le voyage en Italie– au milieu du troisième. Viennent ensuite les œuvres non exécutées, les œuvres rejetées et les « mentions anciennes » qui traite des œuvres « dont nous avons perdu toute trace ». Les annexes occupent le quatrième tome qui comprend une bibliographie de 150 pages.

Alors que les tableaux font l’objet d’un ou deux paragraphes dans le catalogue de Blunt et d’une description succincte dans celui de Thuillier – mentionnant néanmoins les sources essentielles – ils sont ici décrits en plusieurs pages qui comprennent tout ce qu’on peut ou veut savoir sur l’œuvre, ou presque : son origine, son sujet, son histoire, ses sources littéraires ou picturales, son commanditaire quand il est connu, sa technique et bien entendu sa bibliographie et les expositions dans lesquelles il a été présenté. C’est cette méticulosité et cette exactitude qui constituent pierre après pierre la monumentalité de l’œuvre, celle de Rosenberg au service de celle de Poussin.

On peut se dire que cela impressionnera trop les futurs chercheurs qui se sentiront écrasés par « le Rosenberg ». Il n’en est rien. Comme au Moyen-Age, et comme toujours dans le domaine du savoir, ils auront la chance d’être des Nani gigantum umeris insidentes.

Un nouveau géant se trouvera dans les bibliothèques qui sera le point de départ de nombreuses et fructueuses recherches. C’est ce qu’aura accompli Pierre Rosenberg, qu’il en soit remercié, maintenant et pour toujours.

Philippe PREVAL  Paris 1 Mars 2026

Versione Italiana

Nel 1960, il grande Anthony Blunt, insieme a Charles Sterling, allestì la mostra Poussin al Louvre, che fece uscire il pittore francese dalla sua venerabile oscurità. Celebre, era tuttavia molto poco compreso. La conoscenza della sua opera, frammentata e superficiale, era completamente disordinata: il vero si mescolava al falso, le cronologie si scontravano, alcune copie occupavano un posto d’onore nei musei mentre gli originali giacevano dormienti nei castelli. Il giovane Rosenberg non prese parte a questa impresa; stava allora affinando le sue capacità al museo di Rouen, dove stava scrivendo il catalogo. Tuttavia, appena un anno dopo, organizzò lì la sua prima mostra… Poussin, per la quale Anthony Blunt scrisse un’introduzione e Jacques Thuillier un importante saggio.[1] Oggi, il grande Rosenberg pubblica la sua opera magna, il catalogo ragionato delle opere pittoriche di Nicolas Poussin. Friedlander, Blunt, Thuillier, Oberhuber e Rosenberg, in 65 anni, l’intenso lavoro dei grandi poussinisti ha profondamente trasformato il panorama del sapere: la cronologia è stata ripristinata, il grano buono è stato separato dalla pula e la comprensione dell’opera è infinitamente superiore a quella di un tempo. Il catalogo di Pierre Rosenberg e Christel Dupuy, atteso da anni e immancabile nella biblioteca di ogni appassionato di pittura[1], completa questa rivalutazione di Nicolas Poussin pittore francese, dopo quelle di Blunt (1967) e Thuillier (1974-1994). Segna inoltre l’inizio di una nuova era e apre la strada ad altre ricerche più specialistiche, già avviate con tutte quelle opere che legano il nome del pittore a un concetto: Poussin e la natura, come concepita dallo stesso Rosenberg; Poussin e l’amicizia; Poussin e la Francia; Poussin pittore; Poussin e l’amore; Poussin contro Rubens; Poussin e la poetica della pittura; Poussin e la dialettica della pittura; Poussin e l’ideologia dinastica francese; Poussin e Dio; Poussin e la danza, ecc. Che un giorno ci fossero Poussin e la cucina normanna, Poussin e l’agricoltura di montagna… Tuttavia, anche se così fosse, questi studi non potrebbero fare a meno delle 1400 pagine, senza contare le appendici, recentemente pubblicate da Flammarion, poiché costituiscono il fondamento della ricerca per il secolo a venire. Nel suo scriptorium nel VI arrondissement, circondato dalla sua guardia pretoriana di giovani storici dell’arte, Pierre Rosenberg lavorò sull’argomento per oltre quindici anni. Alcuni dubitavano che il libro avrebbe mai visto la luce. Ma continuò il suo lavoro in silenzio, raccogliendo, verificando, accumulando una considerevole documentazione che un giorno troverà posto nel museo del Grand Siècle, scoprendo testi sconosciuti, rivisitando dipinti che conosceva a memoria, scambiando idee con un gran numero di ricercatori, tanto generosi con la loro conoscenza quanto desiderosi di nuove prospettive. E ora l’opera è davanti a noi, monumentale, considerevole: quattro volumi, 1.650 pagine comprese le appendici, otto chilogrammi di carta patinata. Il primo volume è principalmente dedicato a saggi che riassumono lo stato attuale delle conoscenze: la vita di Poussin, i suoi mecenati, il prezzo dei suoi dipinti, il loro trasporto, le sue malattie e così via. Ogni argomento è affrontato in modo conciso. Testi brevi in ​​prosa vivace, dove il lettore trova l’essenziale. Di sfuggita, Pierre Rosenberg non esita a risolvere questioni spinose come questa: Poussin ha copiato gli altri? Ha copiato se stesso? La domanda ha suscitato una certa confusione. Siamo convinti che Poussin non abbia copiato né copiato se stesso. Certo, ammirò e studiò le Nozze Aldobrandini, Tiziano nei suoi primi anni romani e soprattutto Raffaello, il suo idolo, ma non li copiò. Poussin, come afferma lui stesso, non si ripete mai: “So benissimo che non avrò mai piacere nel rifare ciò che ho già fatto una volta”, scrisse nel gennaio del 1642 a proposito della prima serie dei Sacramenti, e, qualche mese dopo: “perché sono bravo a creare qualcosa di nuovo, e non a copiare ciò che ho già fatto una volta”. Poussin scrisse anche: “Non sono di quelli che, cantando, prendono sempre lo stesso tono, e so variarlo quando voglio”. Conclude con una nota personale intitolata “Occhi e Menti”, in cui condivide le sue riflessioni su un pittore marginale, profondamente umano, colto, innovativo e solitario. Un compagno di vita con cui ha viaggiato, spinto da un profondo desiderio di ispirare amore, di condividere la passione di un pittore stimolante: Come abbiamo detto, Poussin ha posto l’asticella in alto, così in alto da escludere quello che chiamiamo il grande pubblico dalla sua opera. Non è amato. Come possiamo renderlo accessibile ai molti che ancora amano la pittura, sia antica che moderna? Come possiamo far sì che la gente lo ami? […] Per oltre sessant’anni, Poussin è stato una presenza costante nella mia vita professionale […]. Ciò che ammiro di più di Poussin è la sua probità
Ho cercato di trarne ispirazione. […] Chi meglio di Poussin sapeva come appagare gli occhi e la mente? Chi meglio di Poussin sapeva come regalare emozioni e delizie a chi era disposto a prendersi il suo tempo? L’opera si sviluppa dalla fine del primo volume – i dipinti che precedettero il viaggio in Italia – fino alla metà del terzo. Seguono poi le opere non eseguite, quelle scartate e le “prime menzioni”, che riguardano opere “di cui abbiamo perso ogni traccia”. Le appendici occupano il quarto volume, che include una bibliografia di 150 pagine. Mentre i dipinti sono trattati in uno o due paragrafi nel catalogo di Blunt e con una breve descrizione in quello di Thuillier – pur menzionando le fonti essenziali – qui sono descritti in diverse pagine che includono quasi tutto ciò che si potrebbe desiderare di sapere sull’opera: la sua origine, il soggetto, la storia, le fonti letterarie e pittoriche, il committente (quando noto), la tecnica e, naturalmente, la sua bibliografia e le mostre in cui è stata esposta. Sono questa meticolosità e precisione che, pietra su pietra, costituiscono la monumentalità dell’opera, l’opera di Rosenberg al servizio di quella di Poussin. Si potrebbe pensare che questo possa sopraffare i ricercatori del futuro, che si sentirebbero schiacciati dal “Rosenberg”. Niente affatto. Come nel Medioevo, e come sempre nel regno della conoscenza, avranno il privilegio di essere Nani gigantum umeris insidentes. Un nuovo gigante si troverà nelle biblioteche, fungendo da punto di partenza per numerosi e fruttuosi progetti di ricerca. Questo è ciò che Pierre Rosenberg avrà realizzato, e per questo lo ringraziamo, ora e per sempre.

NOTE

[1] Poussin et son temps.
[2] Pierre Rosenberg a tenu à ce que ce travail considérable soit proposé à un prix néanmoins accessible (450 euros). Il a pu y parvenir grâce à la générosité de grandle département culture et Tourisme d’Abu Dhabi, LVMH et la fondation Marc Ladreit de Lacharrière.s mécènes