Poussin : peintre philosophe et commerçant cultivé; a propos de deux passages de la correspondance de Nicolas Poussin (texte original en français, version en italien)

di Philipper PREVAL

A propos de deux passages de la correspondance de Nicolas Poussin

Cet article essaye d’éclairer de deux passages de la correspondance de Nicolas Poussin qui font référence à des auteurs latins.

Poussin : peintre philosophe et commerçant cultivé

Nicolas Poussin, Autoportrait, Département des Peintures Copyright: © 2008 RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

La correspondance[1] de Nicolas Poussin est un massif considérable de plus de deux cent dix documents, soit comme dit Jacques Thuillier « à peu près autant que pour tous les autres artistes français du XVIIe siècle réunis »[2]. Même lorsqu’elle est transcrite, il ne fait aucun doute qu’elle est de la main de l’artiste. Le style très vivant et les libertés qu’il prend avec le français comme avec l’italien, les multiples tours mi-italiens, mi-français, sont beaucoup trop caractéristiques pour penser qu’un secrétaire est intervenu. La correspondance est très parcellaire, et sa distribution dans le temps est très inégale : deux lettres seulement avant 1637, 14 pour la seule année 1639.  Elle est très fournie pendant la période parisienne, et comporte des années creuses pendant la seconde période italienne. Elle est aussi centrée sur deux mécènes : Chantelou (cent trente-six lettres et six comptes, de 1639 à 1665) et Cassiano dal Pozzo (dix-huit lettres de 1626 à 1655). Cette répartition fragmentée révèle que de nombreux documents ont été perdus. En regard des « trous », on peut donc estimer que la correspondance de Poussin devait au moins compter cinq ou six cents lettres[3], c’est à dire environ la moitié de la production de Madame de Sévigné. C’est assez considérable[4]. Poussin est un épistolier[5]. Il produit de l’écrit.

Par ailleurs, la correspondance de Poussin, n’est pas seulement celle d’un artiste, c’est aussi celle d’un « homme d’affaire ». Depuis le début des années 1630, Poussin est son propre marchand, travaillant pour une clientèle privée, de base étroite, qu’il lui faut entretenir et renouveler à la marge. Celle-ci lui assure plus de liberté que ne le ferait le mécénat d’un prince, et la difficulté de son séjour parisien montre qu’il n’est pas à l’aise dans le rôle d’un courtisan. Mais vivre d’une clientèle privée demande beaucoup plus d’investissement « commercial ». Sa correspondance en porte la trace presque à chaque page. D’abord elle traite tout ce qui tient au cœur de la relation, les tableaux : prix, dimensions, paiements, sujets, nécessité de mettre une « bordure dorée », emplacement des tableaux, transports. Tous les sujets de la gestion d’une boutique traversent la correspondance y compris le difficile problème de la justification des retards de livraisons ou plus épineux encore, celui de la gestion de l’égo des mécènes et des jalousies entre clients. Mais Poussin ne fournit pas seulement des tableaux, il fournit aussi des services : il supervise la réalisation de copies, achète pour le compte de Chantelou des antiques, en obtient le droit d’exportation, veille à l’envoi des toiles copiées ou des bustes antiques. Ces services, Poussin les rends dans le cadre du traitement qu’il offre à ses grands clients. Quand on lit les lettres de Poussin, on doit prendre en compte que pour l’essentiel il s’agit d’une correspondance commerciale entre un marchand et ses clients, entre un fournisseur et ses donneurs d’ordres, et que le fondement de la relation entre le rédacteur et le lecteur est d’ordre financier et mercantile, que le rédacteur est mu par un double intérêt : celui de faire payer ses factures et celui de conserver la relation pour envoyer de nouvelles factures un jour ou l’autre. Le recours au vocabulaire de l’amitié dont Elisabeth Cropper et Charles Dempsey ont fait un livre de référence, n’a peut-être pas plus de fondement que la chaleur des discours professés par un grand marchand d’art vis-à-vis de ses clients, qui les reçoit de façon princière, les pare du nom d’amis, les invite ici où là, mais dont l’amitié s’évanouit soudainement s’il faut reprendre un objet déclaré faux ou simplement si les clients perdent leur fortune et leur capacité à assumer leur rôle.

Horace plutôt que Sénèque ou Montaigne

Quinto Orazio Flacco, fonte https://www.romanoimpero.com/2010/07/orazio-flacco.html

Anthony Blunt, dans son édition de la correspondance de Poussin[6], a identifié dans le courrier du 9 juin 1643 à Chantelou, une citation implicite qu’il attribue à Sénèque:

« Nous n’avons rien en propre nous tenons tout à louage».

Il y voit un passage de la Consolation à Helvia, la mère du philosophe. Le contexte de la lettre qui fait suite à la disgrâce de Sublet de Noyers dont Chantelou est un protégé, et sa tonalité proche du stoïcisme[7], s’y prêtent. Blunt ne donne pas de référence exacte. Le passage du texte de Sénèque le plus proche de celui de Poussin est le suivant :

Quidquid optimum homini est, id extra humanam potentiam iacet, nec dari nec eripi potest. Mundus hic, quo nihil neque maius neque ornatius rerum natura genuit, <et> animus contemplator admiratorque mundi, pars eius magnificentissima, propria nobis et perpetua et tam diu nobiscum mansura sunt quam diu ipsi manebimus  

Ce que l’homme a de plus excellent est au-dessus de la puissance humaine ; il ne peut être ni donné ni ravi : je parle de ce monde, le plus grand, le plus magnifique ouvrage de la nature, de cette âme, qui, faite pour contempler, pour admirer l’univers, dont elle est la plus noble partie, nous appartient en propre et pour toujours, et doit subsister avec nous aussi longtemps que nous subsisterons nous-mêmes.

Sénèque dit que ce qu’il y a de plus précieux, l’âme, ne peut être enlevée, qu’elle nous appartient en propre. Le texte de Poussin dit qu’aucun bien matériel ne nous appartient en propre. L’un traite donc de l’âme, l’autre des réalités du monde. Le texte de Sénèque ne correspond pas à celui de Poussin.

Barbara de Negroni dans un article récent, critique aussi l’attribution à Sénèque et indique que Jacques Thuillier attribue ce même passage à Montaigne. Elle se rallie à sa thèse :

« Cette dernière source nous semble de loin la plus vraisemblable, on est vraiment loin de la lettre du texte de Sénèque, et beaucoup plus proche de celui de Montaigne, même si la phrase ne se trouve pas sous cette forme dans les Essais. Dans le chapitre X du livre III, Montaigne écrit : ‘Les hommes se donnent à louage. Leurs facultés ne sont pas pour eux, elles sont pour ceux à qui ils s’asservissent’ »[8].

Nous ne sommes pas convaincus non plus par cette hypothèse. S’il y a bien du « louage » dans les deux textes, l’un parle de biens et l’autre de personnes. Et les modalités sont inversées. On passe de l’actif au passif. Chez Poussin, c’est l’homme qui dispose à louage, chez Montaigne il est lui-même à louage.

Colette Nativel attribue elle aussi le texte de Poussin à Montaigne mais cite un autre passage[9] :

« C’est ce que dit Epictete, que l’homme n’a rien proprement sien, que l’usage de ses opinions : Nous n’avons que du vent et de la fumée en partage. Les dieux ont la santé en essence, dit la philosophie, et la maladie en intelligence : l’homme au rebours, possède ses biens par fantasie, les maux en essence. Nous avons eu raison de faire valoir les forces de nostre imagination : car tous nos biens ne sont qu’en songe »[10].

Cette hypothèse n’est pas plus convaincante. Le texte de Montaigne se disperse sur les misères de l’homme et ne sonne pas juste avec le texte de Poussin qui met seulement en jeu l’opposition entre propriété et location.

Il existe en revanche un passage d’Horace qui nous semble convenir. Dans l’épitre à Florus[11], Horace dit littéralement que l’homme n’est propriétaire de rien, toute possession étant éphémère, et qu’il doit plutôt se considérer comme un locataire, un bénéficiaire ou un usufruitier de ce qu’il est supposé posséder.

Horace, Epitres II, 2, 150 Traduction Luc de La Porte 1584 Traduction André Dacier vers 1690 Traduction moderne
Tamquam sit proprium quicquam, puncto quod mobilis horae nunc prece, nunc pretio, nunc ui, nunc morte suprema permutet dominos et cedat in altera iura.

Sic quia perpetuus nulli datur usus, & haeres

Haeredem alterius, uelut unda superuenit undam

Quid uici prosunt ? aut horrea ?

 

 

 

 

comme si propre estoit,

Ce qu’à tourner la main changer de maistre on voit,

Et à d’aultres venir par achapt ou priere,

Par force, ou de la mort par fortune derniere. Ainsi puisque jamais ne dure un usufruict,

Qu’après un heritier un autre heritier suit :

Comme après l’onde en l’eau tousjours vient une aultre onde

Que te sert si en champs & en granges abonde.[12]

 

 

Comme si on pouvoit jamais posseder en propre et appeller sien ce qui dans un instant peut passer en d’autres mains , et changer de Maître de gré ou de force , par vente ou par mort. Ainsi donc puisque l’usage des choses n’est donné à personne à perpétuité, et qu’un héritier pousse un héritier comme un flot pousse un autre flot , à quoi servent les grandes Seigneuries & les vastes greniers.[13]

 

Comme si vous était propre ce qui, en un instant, par prière, à prix d’argent, par force, ou par la mort qui est la fin suprême, change de maître et subit un autre droit ! Ainsi, puisqu’il n’y a pour personne d’usage perpétuel des choses, que l’héritier vient après l’héritier, comme le flot après le flot, à quoi servent les fermes ou les granges

 

Dans une note, Dacier explique le texte :

« Tanquam sit proprium cuiquam, c’est la réponse à I‘objection. Nous n’avons rien en propre de tout ce qui peut changer de main en un moment . Ainsi le maître d’une terre n’en a pas plus la propriété que celui qui en achète les fruits à mesure qu’il les consomme ».

Dacier saisit le sens du texte d’Horace : nul ne peut se prétendre propriétaire ou maître d’un bien ou d’une terre puisque la fortune peut lui ravir ces titres en un instant. Qu’il se considère donc comme son allocataire et se contente de jouir des fruits. Avec un sens de la concision et une élégance très « grand siècle », la formulation de Poussin restitue parfaitement une réflexion d’Horace tout à fait adaptée au contexte qui a vu la position sociale de Sublet et celle de son protégé se dégrader brutalement: « Nous n’avons rien en propre nous tenons tout à louage ».

Le rameau d’or

La lettre à Chambray du 1er Mars 1665, en réponse à l’ouvrage que celui-ci lui avait envoyé[14], revêt une importance particulière. D’abord ce n’est plus la lettre d’un commerçant envers un de ses clients puisque Poussin a cessé de peindre, ensuite c’est l’avant dernière lettre connue de Poussin, qui disparait le 19 novembre de la même année. Enfin elle contient, en réponse aux théories de Chambray, un long développement sur la peinture, qui est d’une certaine façon un testament intellectuel. Ce texte que Poussin prend la peine de copier bien qu’il se plaigne depuis des années de sa difficulté à écrire doit nous arrêter. Poussin cite d’abord le livre de François Junius[15], De Pictura Veterum[16] publié presque trente ans plus tôt, et en expose les idées de façon très structurée jusque dans sa mise en page, puis il indique

« Après avoir considéré la Division que faict le Seigneur Franc. Junius des Parties de ce bel art Jay osé mettre icy brièvement ce que j’en ay apris. Mais premièremet de la Matière Elle doit estre prise noble, qui n’aye receu aucunne qualité de l’ouvrier, Pour donner lieu au Peintre de monstrer son esprit et Industrie. la Vraysemblance et le Jugement partout. Ces dernières parties sont du Peintre et ne se peuvent aprendre. Cest le Rameau d’or de Virgile[17] que nul ne peut trouver ny ceuillir sil n’est conduit par la Fatalité ».
Giuseppe Gambarini, Enea stacca il Ramo d’Oro, olio su tela, cm. 258 x 133, Macerata, Palazzo Buonaccorsi

Comme il l’a écrit dans les Observations, et comme toute son œuvre en témoigne, la matière, le sujet est premier, en ceci Poussin est bien un disciple du Tasse et à travers lui, d’Aristote, mais ensuite vient ce qui est « du Peintre » qu’il synthétise sous le terme de Rameau d’or.

Le Rameau d’or intervient à quatre étapes dans le livre VI de l’Enéide : d’abord lorsqu’Enée qui veut se rendre aux enfers, rencontre la prêtresse du temple d’Apollon à Cumes et que celle-ci lui expose les difficultés de l’entreprise et lui indique qu’il doit se procurer le rameau d’or caché au sein d’une forêt épaisse (VI, 124-155), ensuite la recherche dans « l’antique forêt, profond repaire des bêtes sauvages » où Enée finit par implorer de l’aide (VI, 178-189), puis guidée par deux colombes envoyée par Vénus et après être passé par les gorges de l’Averne à l’odeur pestilentielle, la découverte et la cueillette (VI, 189-211), enfin, l’arrivée aux Enfers : Enée se présente à la porte et « il y fixe le rameau d’or ». (VI, 628-636). Ce présent à Proserpine lui permet de parvenir « aux lieux plaisants, aux aimables prairies, aux bois fortunés et aux demeures bienheureuses » (VI, 638-639).

On pourrait donner à ces quatre étapes des noms et sens précis : la première c’est l’initiation, la seconde c’est l’épreuve et le doute, la troisième, c’est la découverte, la dernière c’est l’accomplissement. La légende celte ou italique que Virgile reprend en faisant intervenir quatre divinités (Apollon, Junon, Vénus et Proserpine), signifie que seul un être choisi par les déesses, les fata, peut accomplir certains exploits, c’est bien le cas d’Enée qui est seulement le quatrième mortel à pouvoir aller aux enfers et en revenir. Elle signifie aussi que les forces humaines ou matérielle ne seront pas suffisantes, mais aussi que, même pour les élus, il faudra passer par des moments de difficulté, de douleur, traverser «l’antique forêt, profond repaire des bêtes sauvages»,  vivre des moments de doute, pour parvenir au but.

Le texte de Poussin « nul ne peut trouver ny ceuillir sil n’est conduit par la Fatalité » fait précisément écho au texte de Virgile. La Sybille dit en effet (VI, 146-148) :

…namque ipse uolens facilisque sequetur,
si te fata uocant ; aliter non uiribus ullis
uincere, nec duro poteris conuellere ferro.
 

… car lui-même suivra volontiers et sans difficulté, si le destin (la fatalité) t’appelle ; autrement, ni par aucun homme tu ne le vaincras, ni par le dur fer tu ne pourras l’arracher.

Publio Virgilio Marone, fonte Antikenmuseum Basel

Le terme de fatalité utilisé par Poussin, qui à l’époque avait déjà été supplanté par destin, répond clairement aux « fata » de Virgile, le fait d’être conduit à « vocant » et le « nul ne peut trouver ni cueillir » à « non uiribus ullis uincere , nec duro poteris conuellere ferro ». Poussin a inversé l’ordre des propositions et préféré la tournure négative « sil n’est conduit par la Fatalité » au « si la fatalité t’appelle » mais c’est bien le même passage.

Comme les traductions italiennes, les nombreuses traductions françaises de l’époque sont le plus souvent assez éloignées du texte source. Ce sont de « belles infidèles ». Par exemple, la célèbre traduction d’Anibal Caro, celle des frères Robert et Antoine Le Chevalier d’Agneaux (1582) et celle de Marie de Gournay, l’éditrice de la version définitive des Essais (1641), se présentent ainsi :

Annibal Caro (1581) Frères d’Agneaux (1582) Marie de Gournay (1641)
lo cerca, il trova, e di tua man lo sterpa; ch’agevolmente sterperassi, quando lo ti consenta il fato. In altra guisa né con man, né con ferro, né con altra umana forza mai fia che si schianti, o che si tronchi. Et le cueille trouvé. Car volontaire & franche Se laissera venir en ta main cette branche, Si le destin t’appelle. Autrement ne peux-tu Ny par aucun effort, ny par le fer pointu, La vaincre, ni trancher.  

L’enlevant de la main, qu’il suivra favorable Si pour ce grand dessein le Ciel est exorable. Autrement nul effort ne le peut arracher, Ni le fer endurci le vaincre ou le trancher.

Bien qu’inversant la forme (négative au lieu d’affirmative) et l’ordre des propositions, Poussin est bien plus proche du latin et il est raisonnable de penser qu’il est parti du texte source.

Par cette citation virgilienne, Poussin reprend toute la légende avec ses quatre étapes distinctes. Il dit à son correspondant que le (grand) peintre est un élu. Que les chefs-d’œuvre, ceux de Carrache, de Dominiquin ou les siens ne se font pas avec seulement du savoir-faire acquis auprès des maîtres ou par le travail (non uiribus ullis), ou par des outils matériels (duro ferro) ou conceptuels comme la perspective, mais par appel du destin (fata vocant). Cette place essentielle du destin, de l’élection par les dieux, du « génie », s’oppose à tous ceux qui pensent l’art comme un processus, une pure méthode qui avec les bons ingrédients, et les bons savoir-faire produiront invariablement de bons résultats. Chambray est de ceux-là. Poussin fait dérailler ce bel ordonnancement y introduisant le destin, c’est-à-dire un phénomène irrationnel, incompréhensible, irréductible, comme le dit Marianne Cojanot-Leblanc[18].

Les quatre étapes du texte de Virgile, initiation, épreuve et doute, découverte, accomplissement, sont précisément celles de la vie de Poussin. L’initiation c’est la rencontre avec Giambatista Marino, la période d’épreuve et de doutes, c’est le début de la carrière romaine avec ses difficultés matérielles et ses multiples recherches, la découverte, ce sont les premières commandes Barberini et Cassiano dal Pozzo, l’accomplissement, c’est ce dont a bénéficié Chantelou, qui a rempli ses propriétés de chefs-d’œuvre.

Ces deux extraits de la correspondance nous semblent démontrer la profondeur de la culture littéraire de Poussin, sa facilité d’accès aux sources classiques et l’imbrication intime entre sa propre pensée et celles des grands auteurs latins, ici Virgile et Horace et, à bien d’autres reprises, Ovide.

Philippe PREVAL  Paris

NOTE

[1] Sauf mention contraire, les citations de la correspondance viennent de l’édition de 1911 de Charles Jouanny (Poussin, , 1911, p. V).
[2] Thuillier (Jacques), Histoire de la création artistique, 1977-1998, Annuaire du Collège de France 2008-2009, Résumé des cours et travaux 109e année, Paris 2009, point 3.
[3] Charles Jouanny dit dans sa préface (Poussin, , 1911, p. V) que les lettres publiées constituent une : « minime portion de ce qu’a dû écrire un correspondant aussi régulier dans ses relations ».
[4] Colette Nativel (Nativel (Colette), Poussin et sa culture de l’antique d’après sa correspondance, in Poussin et la construction de l’antique, Sous la direction de Marc Bayard et Elena Fumagalli, Paris-Rome, 2011., p. 325) dit exactement le contraire : « Cette correspondance est cependant relativement peu importante : un peu plus de 210 lettres pour une période de 36 ans, soit moins de six lettres par année. ». Mais elle prend en compte une valeur moyenne sans prendre en compte les longues périodes de silence.
[5] Thuillier, 2009, point 28 : Poussin rappelle à plusieurs reprises que son métier n’est pas de manier la plume. Mais justement il insiste trop. La vérité est que pour toutes ses lettres il est attentif à adopter les conventions propres au genre épistolaire en général et à chacun de ses types particuliers. […} Enfin Poussin paraît se faire un point d’honneur de rattacher au texte de sa missive la formule « votre très humble et très obéissant serviteur » par une habile transition qui de convention banale la transforme en une sorte de « chute » à la fois élégante et savante. C’est une recherche dont se dispensent même de grands écrivains du temps.
[6] Edition de la correspondance de Poussin par Anthony Blunt, Paris, 1994 (Poussin, 1994), p. 87, n. 57.
[7] Poussin, 1911, p. 197 : Mais à la fin quoy qu’il m’arive. je me résous de prendre le bien et supporter le mal.
[8] Negroni (Barbara de), Le temps du paysage. La représentation de la nature dans l’œuvre de Poussin, Cahiers philosophiques 2019/2 N° 157, p. 63.
[9] Nativel, 2011, p. 328.
[10] Montaigne, Essais, II, 2, Apologie de Raimond Sebond.
[11] Horace, Epitres II, 2.
[12] Q. Horace Flacce, Venusin, prince des lyriques latins, mises en vers françois, partie traduictes, partie veües & corrigees de nouveau, par M. Luc de La Porte, parisien, docteur ez droictz, & aduocat (…). A Paris, chez Claude Micard, demeurant ruë sainct Iean de Latran, à l’enseigne de la Bonne Foy, 1584. Exemplaire de la BM de Lyon (cote 345658).
 [13] Oeuvres d’Horace, en latin, traduites en françois par M. Dacier et le P. Sanadon avec les remarques critiques, historiques et geographiques de l’un & de l’autre. Horatius Flaccus, Quintus, Amsterdam, Wetstein & Smith, 1735.
[14] Fréart de Chambray, Une Idée de la perfection de la peinture, Paris, 1662.
[15] François du Jon le jeune (29 janvier 1591 – 19 novembre 1677), Franciscus Junius, pasteur, érudit, bibliophile et philologue franco-italien spécialiste des langues germaniques et considéré comme le père de la philologie des langues germaniques.
[16] Franciscus Junius , De Pictura Veterum libri tres, Amsterdam, 1637
[17] Virgile, Énéide, VI, 146.
[18] Cojannot-Le Blanc (Marianne), À la recherche du rameau d’or, Nanterre, 2012, p. 15:  À l’encontre de la position doctrinale de Fréart de Chambray, mais à l’encontre aussi de certaines explications contemporaines de ses œuvres, où tout choix est analysé comme mûrement pesé, Poussin défend ici la place essentielle du fatum, qui préside à l’invention d’un tableau. Affirmant dans une même phrase la maîtrise de l’artiste-auteur – il fait montre de son esprit et de son industrie – et sa dissolution – le fatum est finalement seul guide –, Poussin n’est pas sans évoquer la réponse de Michel-Ange aux sollicitations de Benedetto Varchi un bon siècle plus tôt, sur la prééminence de l’art de sculpture ou de peinture, livrant, comme son ancêtre, des considérations finalement assez énigmatiques.

Versione Italiana

Questo articolo tenta di far luce su due passaggi della corrispondenza di Nicolas Poussin che fanno riferimento ad autori latini.
Poussin: filosofo, pittore e colto mercante
La corrispondenza di Nicolas Poussin (1) è un considerevole volume di oltre 210 documenti, che, come affermò Jacques Thuillier, è “all’incirca quanto quella di tutti gli altri artisti francesi del XVII secolo messi insieme” (2). Anche quando trascritta, non c’è dubbio che sia autografa dell’artista. Lo stile vivace e le libertà che si prende sia con il francese che con l’italiano, i numerosi giri di parole per metà italiani e per metà francesi, sono fin troppo caratteristici per suggerire il coinvolgimento di un segretario. La corrispondenza è molto frammentaria e la sua distribuzione nel tempo è molto irregolare: solo due lettere prima del 1637 e 14 per il solo anno 1639. È molto estesa durante il periodo parigino e presenta alcune lacune durante il secondo periodo italiano. Si concentra anche su due mecenati: Chantelou (centotrentasei lettere e sei resoconti, dal 1639 al 1665) e Cassiano dal Pozzo (diciotto lettere dal 1626 al 1655). Questa distribuzione frammentaria rivela che molti documenti sono andati perduti. Considerando queste lacune, possiamo quindi stimare che la corrispondenza di Poussin dovesse comprendere almeno cinquecento o seicento lettere (3), ovvero circa la metà della produzione di Madame de Sévigné. Si tratta di un numero considerevole (4). Poussin fu un prolifico scrittore di lettere (5). Produsse opere scritte.
Inoltre, la corrispondenza di Poussin non è solo quella di un artista, ma anche quella di un uomo d’affari. Dai primi anni Trenta del Seicento, Poussin commerciava i se stesso, lavorando per una piccola clientela privata che doveva mantenere e rinnovare gradualmente. Questo gli garantiva maggiore libertà rispetto al mecenatismo di un principe, e le difficoltà del suo soggiorno a Parigi dimostrano che non si sentiva a suo agio nel ruolo di cortigiano.
Ma vivere di una clientela privata richiede un investimento “commerciale” molto più consistente. La sua corrispondenza lo testimonia in quasi ogni pagina. Innanzitutto, affronta tutto ciò che è al centro del rapporto: i dipinti stessi: prezzi, dimensioni, pagamenti, soggetti, la necessità di aggiungere una “bordura dorata”, la collocazione dei dipinti e il trasporto. Tutte le questioni legate alla gestione di un negozio compaiono nella corrispondenza, incluso il difficile problema di giustificare i ritardi di consegna o, ancora più spinoso, quello di gestire l’ego dei committenti e le gelosie tra clienti. Ma Poussin non si limita a fornire dipinti; fornisce anche servizi: supervisiona la creazione di copie, acquista oggetti d’antiquariato per conto di Chantelou, ottiene i diritti di esportazione e assicura la spedizione delle tele copiate o dei busti antichi. Poussin fornisce questi servizi come parte del trattamento che offre ai suoi clienti più importanti. Leggendo le lettere di Poussin, bisogna tenere presente che si tratta essenzialmente di corrispondenza commerciale tra un mercante e i suoi clienti, tra un fornitore e i suoi clienti, e che il fondamento del rapporto tra scrittore e lettore è finanziario e mercantile, che lo scrittore è mosso da un duplice interesse: ottenere il pagamento delle fatture e mantenere il rapporto per inviare prima o poi nuove fatture. L’uso del vocabolario dell’amicizia, che Elisabeth Cropper e Charles Dempsey hanno trasformato in un’opera fondamentale, non è forse più significativo del calore dei discorsi pronunciati da un importante mercante d’arte ai suoi clienti, che li riceve principescamente, si rivolge loro come amici, li invita di tanto in tanto, ma la cui amicizia svanisce improvvisamente se un oggetto viene dichiarato falso e deve essere restituito o semplicemente se i clienti perdono la loro fortuna e la loro capacità di svolgere il loro ruolo.
 Orazio piuttosto che Seneca o Montaigne
Anthony Blunt, nella sua edizione della corrispondenza di Poussin (6) , ha individuato una citazione implicita di Seneca nella lettera del 9 giugno 1643 a Chantelou: “Non possediamo nulla, teniamo tutto in affitto”. Egli interpreta questo passaggio come un brano della Consolazione a Helvia, la madre del filosofo. Il contesto della lettera, che segue la caduta in disgrazia di Sublet de Noyers, di cui Chantelou è il protetto, e il suo tono stoico, si prestano a questa interpretazione (7). Blunt non fornisce un riferimento esatto. Il passaggio del testo di Seneca più vicino a quello di Poussin è il seguente:
Quidquid ottimali homini est, id extra humanam potentiam iacet, nec dari nec eripi potest. Mundus hic, quo nihil neque maius neque ornatius rerum natura genuit, <et> animus contemplator admiratorque mundi, pars eius magnificassima, propria nobis et perpetua et tam diu nobiscum mansura sunt quam diu ipsi manebimus (La cosa più eccellente nell’uomo è al di sopra della potenza umana; non si può né dare né togliere: parlo di questo mondo, l’opera più grande, più magnifica della natura, di quest’anima, che, fatta per contemplare, per ammirare l’universo, di cui è la parte più nobile, ci appartiene propriamente e per sempre, e deve sussistere con noi finché noi stessi sussisteremo).
Seneca afferma che ciò che è più prezioso, l’anima, non può essere tolto, che appartiene solo a noi. Il testo di Poussin afferma che nessun bene materiale appartiene solo a noi. L’uno, quindi, riguarda l’anima, l’altro le realtà del mondo. Il testo di Seneca non corrisponde a quello di Poussin. Anche Barbara de Negroni, in un recente articolo, critica l’attribuzione a Seneca e sottolinea che Jacques Thuillier attribuisce questo stesso passaggio a Montaigne. Ella si allinea alla sua tesi: “Quest’ultima fonte sembra di gran lunga la più plausibile; siamo davvero lontani dalla lettera del testo di Seneca, e molto più vicini a quello di Montaigne, anche se la frase non si trova in questa forma nei Saggi. Nel capitolo X del libro III, Montaigne scrive: “Gli uomini si offrono in cambio. Le loro capacità non sono per loro stessi, ma per coloro di cui si rendono schiavi” (8). Anche questa ipotesi non ci convince. Sebbene in entrambi i testi ci sia effettivamente il termine “merce”, uno parla di beni e l’altro di persone. E le modalità sono invertite. Passiamo dall’attivo al passivo. In Poussin, è l’uomo che si offre in cambio; in Montaigne, è lui stesso a essere in cambio. Anche Colette Nativel attribuisce il testo di Poussin a Montaigne, ma cita un altro passaggio (9): “Questo è ciò che dice Epitteto, che l’uomo non ha nulla di veramente suo se non l’uso delle sue opinioni: abbiamo solo vento e fumo da condividere. Gli dei hanno la salute come essenza, dice la filosofia, e la malattia come intelligenza: l’uomo, al contrario, possiede i suoi beni attraverso la fantasia, i mali nella loro essenza. Abbiamo fatto bene a sfruttare al massimo i poteri della nostra immaginazione: perché tutti i nostri beni non sono che sogni” (10). Questa ipotesi non è più convincente. Il testo di Montaigne si dipana attraverso le miserie dell’umanità e non risuona con il testo di Poussin, che si concentra esclusivamente sull’opposizione tra proprietà e rendita. Tuttavia, c’è un passo di Orazio che sembra più appropriato. Nella sua Epistola a Floro (11), Orazio afferma letteralmente che l’uomo non possiede nulla, poiché ogni possesso è effimero, e che dovrebbe piuttosto considerarsi un affittuario, un beneficiario o un usufruttuario di ciò che si suppone possieda.
Orazio, Epistole II, 2, 150
amquam sit proprium quicquam, puncto quod mobilis horae nunc prece, nunc pretio, nunc ui, nunc morte suprema permutet dominos et cedat in altera iura. Sic quia perpetuus nulli datur usus, & haeres Haeredem alterius, uelut unda superuenit undam E qui? aut horrea?
Traduzione di Luc de La Porte 1584 ; come se fosse pulito, Ciò che girando la mano cambia padrone vediamo, E ad altri vieni per acquisto o preghiera, Con la forza, o la morte per fortuna finale. Quindi, poiché l’usufrutto non dura mai, E poiché dopo un erede ne segue un altro: Proprio come dopo un’onda nell’acqua arriva sempre un’altra onda, Che ti giova se i campi e i granai abbondano? (12)
Traduzione di André Dacier intorno al 1690. Come se si potesse mai possedere come proprio e chiamare proprio ciò che in un istante può passare in altre mani, e cambiare padrone volontariamente o con la forza, con la vendita o con la morte. Così, poiché l’uso delle cose non è concesso a nessuno in perpetuo, e un erede spinge un altro erede come un’onda spinge un’altra, a cosa servono le grandi signorie e gli immensi granai? (13)
Traduzione moderna. Come se ciò che, in un istante, con una preghiera, a pagamento, con la forza o con la morte, che è il fine ultimo, cambia padrone e diventa soggetto a un altro diritto, fosse tuo! Così, poiché nessuno ha l’uso perpetuo delle cose, e un erede si sussegue all’altro, come una marea dopo l’altra, a cosa servono le fattorie o i granai?
In una nota, Dacier spiega il testo: “Tanquam sit proprium cuiquam, questa è la risposta all’obiezione. Non possediamo nulla che possa cambiare proprietario in un istante. Pertanto, il proprietario di un terreno non lo possiede più di chi ne acquista i prodotti mentre lo consuma“. Dacier coglie il significato del testo di Orazio: nessuno può affermare di essere proprietario o padrone di un possedimento o di un terreno, poiché la fortuna può strappare questi titoli in un istante. Pertanto, consideriamoci suoi affittuari e contentiamoci di goderne i frutti. Con un senso di concisione e un’eleganza molto in linea con lo stile del “grand siècle”, la formulazione di Poussin cattura perfettamente una riflessione di Orazio del tutto adatta al contesto in cui la posizione sociale di Sublet e del suo protetto si era deteriorata così drasticamente: “Non possediamo nulla; teniamo tutto in affitto”.
Il Ramo d’Oro
La lettera a Chambray del 1° marzo 1665, in risposta all’opera che quest’ultimo gli aveva inviato (14), è di particolare importanza. In primo luogo, non si tratta più di una lettera di un mercante a uno dei suoi clienti, poiché Poussin aveva smesso di dipingere; in secondo luogo, è la penultima lettera conosciuta di Poussin, scomparso il 19 novembre dello stesso anno. Infine, contiene, in risposta alle teorie di Chambray, una lunga discussione sulla pittura, che è in un certo senso un testamento intellettuale. Questo testo, che Poussin si prese la briga di copiare nonostante si lamentasse da anni delle sue difficoltà di scrittura, merita la nostra attenzione. Poussin cita innanzitutto il libro di Francesco Junius (15), De Pictura Veterum (16), pubblicato quasi trent’anni prima, e ne espone le idee in modo altamente strutturato, persino nell’impaginazione; poi afferma: “Dopo aver considerato la divisione fatta dal Signore Francesco Junius, a proposito delle Parti di questa splendida arte, osa qui esporre brevemente ciò che ho appreso al riguardo. Ma in primo luogo, per quanto riguarda la Materia, essa deve essere assunta in una forma nobile, senza aver ricevuto alcuna qualità dall’artefice, per dare al Pittore l’opportunità di mostrare ovunque il suo spirito e la sua Industriosità, Verosimiglianza e Giudizio ovunaue. Queste ultime parti appartengono al Pittore e non possono essere apprese. È il Ramo d’Oro di Virgilio (17) che nessuno può trovare o cogliere se non guidato dal Fato”. Come scrisse nelle Osservazioni, e come testimonia tutta la sua opera, la materia, il soggetto, viene prima; in questo, Poussin è sì un discepolo del Tasso e, tramite lui, di Aristotele, ma poi viene ciò che appartiene “al Pittore”, che sintetizza sotto il termine Ramo d’Oro.
Il Ramo d’oro compare in quattro momenti nel libro VI dell’Eneide: prima, quando Enea, volendo andare agli Inferi, incontra la sacerdotessa del tempio di Apollo a Cuma, che gli spiega la difficoltà dell’impresa e gli dice che deve procurarsi il ramo d’oro nascosto in una fitta foresta (VI, 124-155); poi, la ricerca nell’«antica foresta, profondo covo di fiere», dove Enea implora infine aiuto (VI, 178-189); poi, guidato da due colombe inviate da Venere e dopo aver attraversato le pestilenziali gole dell’Averno, il ritrovamento e la raccolta (VI, 189-211); infine, l’arrivo agli Inferi: Enea si presenta alla porta e «vi fissa il ramo d’oro» (VI, 628-636). Questo dono a Proserpina gli permette di raggiungere “luoghi ameni, prati incantevoli, boschi fortunati e dimore beate” (VI, 638-639).
A queste quattro fasi si potrebbero dare nomi e significati precisi: la prima è l’iniziazione, la seconda è la prova e il dubbio, la terza è la scoperta e l’ultima è la realizzazione. La leggenda celtica o italica che Virgilio rievoca, introducendo quattro divinità (Apollo, Giunone, Venere e Proserpina), significa che solo un essere scelto dalle dee, le Parche, può compiere determinate imprese. È il caso di Enea, che è solo il quarto mortale a poter andare agli inferi e tornare. Significa anche che le forze umane o materiali non saranno sufficienti, ma anche che, anche per gli eletti, sarà necessario attraversare momenti di difficoltà e dolore, attraversare “l’antica foresta, profonda tana di fiere”, vivere momenti di dubbio, per raggiungere la meta.
Il testo di Poussin, “nessuno può trovare o raccogliere se non è guidato dalla fatalità”, riecheggia esattamente il testo di Virgilio. La Sibilla dice, infatti (VI, 146-148): … namque ipse uolens facilisque sequetur,
si te fata uocant ; aliter non uiribus ullis  uincere, nec duro poteris conuellere ferro (perché egli stesso seguirà volentieri e facilmente, se il Fato ti chiama; altrimenti, né con alcuno lo vincerai, né con duro ferro lo potrai strappare dalla tua presa).
 Il termine “fatalità”, usato da Poussin, che all’epoca era già stato soppiantato da “destino”, corrisponde chiaramente al “fata” di Virgilio, l’atto di essere condotto a “vocant”, e “nessuno può trovare o raccogliere” a “non uribus ullis uincere, nec duro poteris conuellere ferro”. Poussin invertì l’ordine delle proposizioni e preferì la formulazione negativa “se non è guidato dal Fato” a “se il Fato ti chiama”, ma si tratta in effetti dello stesso brano. Come le traduzioni italiane, le numerose traduzioni francesi dell’epoca sono spesso molto lontane dal testo originale. Sono “splendidamente infedeli”. Ad esempio, la celebre traduzione di Anibal Caro, quella dei fratelli Robert e Antoine Le Chevalier d’Agneaux (1582) e quella di Marie de Gournay, curatrice della versione definitiva degli Essays (1641), sono presentate come segue:
Annibale Caro (1581) Lo cerca, lo trova, e con la tua mano lo prenderà; ciò che tu prenderai volontariamente, quando il destino ti vorrà. In altro modo né con mano, né con ferro, né con altra forza umana potrà mai vederlo, o tagliarlo.
Fratelli degli Agnelli (1582) E il piccone trovato. Perché, volenteroso e libero, questo ramo si lascerà venire nella tua mano, se il destino ti chiama. Altrimenti, non potrai né con alcuno sforzo, né con ferro affilato, superarlo, né reciderlo.
Marie de Gournay (1641) Prendendolo dalla tua mano, seguirà favorevolmente se il Cielo è misericordioso per questo grande disegno. Altrimenti, nessuno sforzo potrà strapparlo via, né ferro temprato vincerlo o reciderlo.
Sebbene inverta la forma (negativa anziché affermativa) e l’ordine delle proposizioni, Poussin rimane molto più vicino al latino, ed è ragionevole supporre che abbia lavorato a partire dal testo originale. Attraverso questa citazione virgiliana, Poussin reinterpreta l’intera leggenda con le sue quattro fasi distinte. Dice al suo corrispondente che il (grande) pittore è stato scelto. Che i capolavori, quelli di Carracci, Domenichino o i suoi, non nascono solo dal sapere acquisito dai maestri o dal lavoro (non viribus ullis), o da strumenti materiali (duro ferro) o concettuali come la prospettiva, ma dalla chiamata del destino (fata vocant). Questo ruolo essenziale del destino, dell’elezione degli dei, del “genio”, si oppone a tutti coloro che concepiscono l’arte come un processo, un metodo puro che, con i giusti ingredienti e le giuste competenze, produrrà invariabilmente buoni risultati. Chambray è uno di questi. Poussin sconvolge questo meraviglioso ordine introducendo il destino, ovvero un fenomeno irrazionale, incomprensibile e irriducibile, come afferma Marianne Cojanot-Leblanc (18). Le quattro fasi del testo di Virgilio – iniziazione, prova e dubbio, scoperta e compimento – sono esattamente quelle della vita di Poussin. L’iniziazione è il suo incontro con Giambattista Marino; il periodo della prova e del dubbio è l’inizio della sua carriera romana, con le sue difficoltà materiali e i numerosi progetti di ricerca; la scoperta sono le prime commissioni di Barberini e Cassiano dal Pozzo; e il compimento è ciò di cui beneficiò Chantelou, riempiendo le sue proprietà di capolavori. Questi due estratti dal carteggio sembrano dimostrare la profondità della cultura letteraria di Poussin, la sua facilità di accesso alle fonti classiche e l’intimo intreccio tra il suo pensiero e quello dei grandi autori latini, qui Virgilio e Orazio e, in molte altre occasioni, Ovidio.