di Philipper PREVAL
A propos de deux passages de la correspondance de Nicolas Poussin
Cet article essaye d’éclairer de deux passages de la correspondance de Nicolas Poussin qui font référence à des auteurs latins.
Poussin : peintre philosophe et commerçant cultivé

La correspondance[1] de Nicolas Poussin est un massif considérable de plus de deux cent dix documents, soit comme dit Jacques Thuillier « à peu près autant que pour tous les autres artistes français du XVIIe siècle réunis »[2]. Même lorsqu’elle est transcrite, il ne fait aucun doute qu’elle est de la main de l’artiste. Le style très vivant et les libertés qu’il prend avec le français comme avec l’italien, les multiples tours mi-italiens, mi-français, sont beaucoup trop caractéristiques pour penser qu’un secrétaire est intervenu. La correspondance est très parcellaire, et sa distribution dans le temps est très inégale : deux lettres seulement avant 1637, 14 pour la seule année 1639. Elle est très fournie pendant la période parisienne, et comporte des années creuses pendant la seconde période italienne. Elle est aussi centrée sur deux mécènes : Chantelou (cent trente-six lettres et six comptes, de 1639 à 1665) et Cassiano dal Pozzo (dix-huit lettres de 1626 à 1655). Cette répartition fragmentée révèle que de nombreux documents ont été perdus. En regard des « trous », on peut donc estimer que la correspondance de Poussin devait au moins compter cinq ou six cents lettres[3], c’est à dire environ la moitié de la production de Madame de Sévigné. C’est assez considérable[4]. Poussin est un épistolier[5]. Il produit de l’écrit.
Par ailleurs, la correspondance de Poussin, n’est pas seulement celle d’un artiste, c’est aussi celle d’un « homme d’affaire ». Depuis le début des années 1630, Poussin est son propre marchand, travaillant pour une clientèle privée, de base étroite, qu’il lui faut entretenir et renouveler à la marge. Celle-ci lui assure plus de liberté que ne le ferait le mécénat d’un prince, et la difficulté de son séjour parisien montre qu’il n’est pas à l’aise dans le rôle d’un courtisan. Mais vivre d’une clientèle privée demande beaucoup plus d’investissement « commercial ». Sa correspondance en porte la trace presque à chaque page. D’abord elle traite tout ce qui tient au cœur de la relation, les tableaux : prix, dimensions, paiements, sujets, nécessité de mettre une « bordure dorée », emplacement des tableaux, transports. Tous les sujets de la gestion d’une boutique traversent la correspondance y compris le difficile problème de la justification des retards de livraisons ou plus épineux encore, celui de la gestion de l’égo des mécènes et des jalousies entre clients. Mais Poussin ne fournit pas seulement des tableaux, il fournit aussi des services : il supervise la réalisation de copies, achète pour le compte de Chantelou des antiques, en obtient le droit d’exportation, veille à l’envoi des toiles copiées ou des bustes antiques. Ces services, Poussin les rends dans le cadre du traitement qu’il offre à ses grands clients. Quand on lit les lettres de Poussin, on doit prendre en compte que pour l’essentiel il s’agit d’une correspondance commerciale entre un marchand et ses clients, entre un fournisseur et ses donneurs d’ordres, et que le fondement de la relation entre le rédacteur et le lecteur est d’ordre financier et mercantile, que le rédacteur est mu par un double intérêt : celui de faire payer ses factures et celui de conserver la relation pour envoyer de nouvelles factures un jour ou l’autre. Le recours au vocabulaire de l’amitié dont Elisabeth Cropper et Charles Dempsey ont fait un livre de référence, n’a peut-être pas plus de fondement que la chaleur des discours professés par un grand marchand d’art vis-à-vis de ses clients, qui les reçoit de façon princière, les pare du nom d’amis, les invite ici où là, mais dont l’amitié s’évanouit soudainement s’il faut reprendre un objet déclaré faux ou simplement si les clients perdent leur fortune et leur capacité à assumer leur rôle.
Horace plutôt que Sénèque ou Montaigne

Anthony Blunt, dans son édition de la correspondance de Poussin[6], a identifié dans le courrier du 9 juin 1643 à Chantelou, une citation implicite qu’il attribue à Sénèque:
« Nous n’avons rien en propre nous tenons tout à louage».
Il y voit un passage de la Consolation à Helvia, la mère du philosophe. Le contexte de la lettre qui fait suite à la disgrâce de Sublet de Noyers dont Chantelou est un protégé, et sa tonalité proche du stoïcisme[7], s’y prêtent. Blunt ne donne pas de référence exacte. Le passage du texte de Sénèque le plus proche de celui de Poussin est le suivant :
| Quidquid optimum homini est, id extra humanam potentiam iacet, nec dari nec eripi potest. Mundus hic, quo nihil neque maius neque ornatius rerum natura genuit, <et> animus contemplator admiratorque mundi, pars eius magnificentissima, propria nobis et perpetua et tam diu nobiscum mansura sunt quam diu ipsi manebimus |
Ce que l’homme a de plus excellent est au-dessus de la puissance humaine ; il ne peut être ni donné ni ravi : je parle de ce monde, le plus grand, le plus magnifique ouvrage de la nature, de cette âme, qui, faite pour contempler, pour admirer l’univers, dont elle est la plus noble partie, nous appartient en propre et pour toujours, et doit subsister avec nous aussi longtemps que nous subsisterons nous-mêmes. |
Sénèque dit que ce qu’il y a de plus précieux, l’âme, ne peut être enlevée, qu’elle nous appartient en propre. Le texte de Poussin dit qu’aucun bien matériel ne nous appartient en propre. L’un traite donc de l’âme, l’autre des réalités du monde. Le texte de Sénèque ne correspond pas à celui de Poussin.
Barbara de Negroni dans un article récent, critique aussi l’attribution à Sénèque et indique que Jacques Thuillier attribue ce même passage à Montaigne. Elle se rallie à sa thèse :
« Cette dernière source nous semble de loin la plus vraisemblable, on est vraiment loin de la lettre du texte de Sénèque, et beaucoup plus proche de celui de Montaigne, même si la phrase ne se trouve pas sous cette forme dans les Essais. Dans le chapitre X du livre III, Montaigne écrit : ‘Les hommes se donnent à louage. Leurs facultés ne sont pas pour eux, elles sont pour ceux à qui ils s’asservissent’ »[8].
Nous ne sommes pas convaincus non plus par cette hypothèse. S’il y a bien du « louage » dans les deux textes, l’un parle de biens et l’autre de personnes. Et les modalités sont inversées. On passe de l’actif au passif. Chez Poussin, c’est l’homme qui dispose à louage, chez Montaigne il est lui-même à louage.
Colette Nativel attribue elle aussi le texte de Poussin à Montaigne mais cite un autre passage[9] :
« C’est ce que dit Epictete, que l’homme n’a rien proprement sien, que l’usage de ses opinions : Nous n’avons que du vent et de la fumée en partage. Les dieux ont la santé en essence, dit la philosophie, et la maladie en intelligence : l’homme au rebours, possède ses biens par fantasie, les maux en essence. Nous avons eu raison de faire valoir les forces de nostre imagination : car tous nos biens ne sont qu’en songe »[10].
Cette hypothèse n’est pas plus convaincante. Le texte de Montaigne se disperse sur les misères de l’homme et ne sonne pas juste avec le texte de Poussin qui met seulement en jeu l’opposition entre propriété et location.
Il existe en revanche un passage d’Horace qui nous semble convenir. Dans l’épitre à Florus[11], Horace dit littéralement que l’homme n’est propriétaire de rien, toute possession étant éphémère, et qu’il doit plutôt se considérer comme un locataire, un bénéficiaire ou un usufruitier de ce qu’il est supposé posséder.
| Horace, Epitres II, 2, 150 | Traduction Luc de La Porte 1584 | Traduction André Dacier vers 1690 | Traduction moderne |
| Tamquam sit proprium quicquam, puncto quod mobilis horae nunc prece, nunc pretio, nunc ui, nunc morte suprema permutet dominos et cedat in altera iura.
Sic quia perpetuus nulli datur usus, & haeres Haeredem alterius, uelut unda superuenit undam Quid uici prosunt ? aut horrea ? |
comme si propre estoit, Ce qu’à tourner la main changer de maistre on voit, Et à d’aultres venir par achapt ou priere, Par force, ou de la mort par fortune derniere. Ainsi puisque jamais ne dure un usufruict, Qu’après un heritier un autre heritier suit : Comme après l’onde en l’eau tousjours vient une aultre onde Que te sert si en champs & en granges abonde.[12] |
Comme si on pouvoit jamais posseder en propre et appeller sien ce qui dans un instant peut passer en d’autres mains , et changer de Maître de gré ou de force , par vente ou par mort. Ainsi donc puisque l’usage des choses n’est donné à personne à perpétuité, et qu’un héritier pousse un héritier comme un flot pousse un autre flot , à quoi servent les grandes Seigneuries & les vastes greniers.[13]
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Comme si vous était propre ce qui, en un instant, par prière, à prix d’argent, par force, ou par la mort qui est la fin suprême, change de maître et subit un autre droit ! Ainsi, puisqu’il n’y a pour personne d’usage perpétuel des choses, que l’héritier vient après l’héritier, comme le flot après le flot, à quoi servent les fermes ou les granges
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Dans une note, Dacier explique le texte :
« Tanquam sit proprium cuiquam, c’est la réponse à I‘objection. Nous n’avons rien en propre de tout ce qui peut changer de main en un moment . Ainsi le maître d’une terre n’en a pas plus la propriété que celui qui en achète les fruits à mesure qu’il les consomme ».
Dacier saisit le sens du texte d’Horace : nul ne peut se prétendre propriétaire ou maître d’un bien ou d’une terre puisque la fortune peut lui ravir ces titres en un instant. Qu’il se considère donc comme son allocataire et se contente de jouir des fruits. Avec un sens de la concision et une élégance très « grand siècle », la formulation de Poussin restitue parfaitement une réflexion d’Horace tout à fait adaptée au contexte qui a vu la position sociale de Sublet et celle de son protégé se dégrader brutalement: « Nous n’avons rien en propre nous tenons tout à louage ».
Le rameau d’or
La lettre à Chambray du 1er Mars 1665, en réponse à l’ouvrage que celui-ci lui avait envoyé[14], revêt une importance particulière. D’abord ce n’est plus la lettre d’un commerçant envers un de ses clients puisque Poussin a cessé de peindre, ensuite c’est l’avant dernière lettre connue de Poussin, qui disparait le 19 novembre de la même année. Enfin elle contient, en réponse aux théories de Chambray, un long développement sur la peinture, qui est d’une certaine façon un testament intellectuel. Ce texte que Poussin prend la peine de copier bien qu’il se plaigne depuis des années de sa difficulté à écrire doit nous arrêter. Poussin cite d’abord le livre de François Junius[15], De Pictura Veterum[16] publié presque trente ans plus tôt, et en expose les idées de façon très structurée jusque dans sa mise en page, puis il indique
« Après avoir considéré la Division que faict le Seigneur Franc. Junius des Parties de ce bel art Jay osé mettre icy brièvement ce que j’en ay apris. Mais premièremet de la Matière Elle doit estre prise noble, qui n’aye receu aucunne qualité de l’ouvrier, Pour donner lieu au Peintre de monstrer son esprit et Industrie. la Vraysemblance et le Jugement partout. Ces dernières parties sont du Peintre et ne se peuvent aprendre. Cest le Rameau d’or de Virgile[17] que nul ne peut trouver ny ceuillir sil n’est conduit par la Fatalité ».

Comme il l’a écrit dans les Observations, et comme toute son œuvre en témoigne, la matière, le sujet est premier, en ceci Poussin est bien un disciple du Tasse et à travers lui, d’Aristote, mais ensuite vient ce qui est « du Peintre » qu’il synthétise sous le terme de Rameau d’or.
Le Rameau d’or intervient à quatre étapes dans le livre VI de l’Enéide : d’abord lorsqu’Enée qui veut se rendre aux enfers, rencontre la prêtresse du temple d’Apollon à Cumes et que celle-ci lui expose les difficultés de l’entreprise et lui indique qu’il doit se procurer le rameau d’or caché au sein d’une forêt épaisse (VI, 124-155), ensuite la recherche dans « l’antique forêt, profond repaire des bêtes sauvages » où Enée finit par implorer de l’aide (VI, 178-189), puis guidée par deux colombes envoyée par Vénus et après être passé par les gorges de l’Averne à l’odeur pestilentielle, la découverte et la cueillette (VI, 189-211), enfin, l’arrivée aux Enfers : Enée se présente à la porte et « il y fixe le rameau d’or ». (VI, 628-636). Ce présent à Proserpine lui permet de parvenir « aux lieux plaisants, aux aimables prairies, aux bois fortunés et aux demeures bienheureuses » (VI, 638-639).
On pourrait donner à ces quatre étapes des noms et sens précis : la première c’est l’initiation, la seconde c’est l’épreuve et le doute, la troisième, c’est la découverte, la dernière c’est l’accomplissement. La légende celte ou italique que Virgile reprend en faisant intervenir quatre divinités (Apollon, Junon, Vénus et Proserpine), signifie que seul un être choisi par les déesses, les fata, peut accomplir certains exploits, c’est bien le cas d’Enée qui est seulement le quatrième mortel à pouvoir aller aux enfers et en revenir. Elle signifie aussi que les forces humaines ou matérielle ne seront pas suffisantes, mais aussi que, même pour les élus, il faudra passer par des moments de difficulté, de douleur, traverser «l’antique forêt, profond repaire des bêtes sauvages», vivre des moments de doute, pour parvenir au but.
Le texte de Poussin « nul ne peut trouver ny ceuillir sil n’est conduit par la Fatalité » fait précisément écho au texte de Virgile. La Sybille dit en effet (VI, 146-148) :
| …namque ipse uolens facilisque sequetur, si te fata uocant ; aliter non uiribus ullis uincere, nec duro poteris conuellere ferro. |
… car lui-même suivra volontiers et sans difficulté, si le destin (la fatalité) t’appelle ; autrement, ni par aucun homme tu ne le vaincras, ni par le dur fer tu ne pourras l’arracher. |

Le terme de fatalité utilisé par Poussin, qui à l’époque avait déjà été supplanté par destin, répond clairement aux « fata » de Virgile, le fait d’être conduit à « vocant » et le « nul ne peut trouver ni cueillir » à « non uiribus ullis uincere , nec duro poteris conuellere ferro ». Poussin a inversé l’ordre des propositions et préféré la tournure négative « sil n’est conduit par la Fatalité » au « si la fatalité t’appelle » mais c’est bien le même passage.
Comme les traductions italiennes, les nombreuses traductions françaises de l’époque sont le plus souvent assez éloignées du texte source. Ce sont de « belles infidèles ». Par exemple, la célèbre traduction d’Anibal Caro, celle des frères Robert et Antoine Le Chevalier d’Agneaux (1582) et celle de Marie de Gournay, l’éditrice de la version définitive des Essais (1641), se présentent ainsi :
| Annibal Caro (1581) | Frères d’Agneaux (1582) | Marie de Gournay (1641) |
| lo cerca, il trova, e di tua man lo sterpa; ch’agevolmente sterperassi, quando lo ti consenta il fato. In altra guisa né con man, né con ferro, né con altra umana forza mai fia che si schianti, o che si tronchi. | Et le cueille trouvé. Car volontaire & franche Se laissera venir en ta main cette branche, Si le destin t’appelle. Autrement ne peux-tu Ny par aucun effort, ny par le fer pointu, La vaincre, ni trancher. |
L’enlevant de la main, qu’il suivra favorable Si pour ce grand dessein le Ciel est exorable. Autrement nul effort ne le peut arracher, Ni le fer endurci le vaincre ou le trancher. |
Bien qu’inversant la forme (négative au lieu d’affirmative) et l’ordre des propositions, Poussin est bien plus proche du latin et il est raisonnable de penser qu’il est parti du texte source.
Par cette citation virgilienne, Poussin reprend toute la légende avec ses quatre étapes distinctes. Il dit à son correspondant que le (grand) peintre est un élu. Que les chefs-d’œuvre, ceux de Carrache, de Dominiquin ou les siens ne se font pas avec seulement du savoir-faire acquis auprès des maîtres ou par le travail (non uiribus ullis), ou par des outils matériels (duro ferro) ou conceptuels comme la perspective, mais par appel du destin (fata vocant). Cette place essentielle du destin, de l’élection par les dieux, du « génie », s’oppose à tous ceux qui pensent l’art comme un processus, une pure méthode qui avec les bons ingrédients, et les bons savoir-faire produiront invariablement de bons résultats. Chambray est de ceux-là. Poussin fait dérailler ce bel ordonnancement y introduisant le destin, c’est-à-dire un phénomène irrationnel, incompréhensible, irréductible, comme le dit Marianne Cojanot-Leblanc[18].
Les quatre étapes du texte de Virgile, initiation, épreuve et doute, découverte, accomplissement, sont précisément celles de la vie de Poussin. L’initiation c’est la rencontre avec Giambatista Marino, la période d’épreuve et de doutes, c’est le début de la carrière romaine avec ses difficultés matérielles et ses multiples recherches, la découverte, ce sont les premières commandes Barberini et Cassiano dal Pozzo, l’accomplissement, c’est ce dont a bénéficié Chantelou, qui a rempli ses propriétés de chefs-d’œuvre.
Ces deux extraits de la correspondance nous semblent démontrer la profondeur de la culture littéraire de Poussin, sa facilité d’accès aux sources classiques et l’imbrication intime entre sa propre pensée et celles des grands auteurs latins, ici Virgile et Horace et, à bien d’autres reprises, Ovide.
Philippe PREVAL Paris
NOTE
[1] Sauf mention contraire, les citations de la correspondance viennent de l’édition de 1911 de Charles Jouanny (Poussin, , 1911, p. V).
[2] Thuillier (Jacques), Histoire de la création artistique, 1977-1998, Annuaire du Collège de France 2008-2009, Résumé des cours et travaux 109e année, Paris 2009, point 3.
[3] Charles Jouanny dit dans sa préface (Poussin, , 1911, p. V) que les lettres publiées constituent une : « minime portion de ce qu’a dû écrire un correspondant aussi régulier dans ses relations ».
[4] Colette Nativel (Nativel (Colette), Poussin et sa culture de l’antique d’après sa correspondance, in Poussin et la construction de l’antique, Sous la direction de Marc Bayard et Elena Fumagalli, Paris-Rome, 2011., p. 325) dit exactement le contraire : « Cette correspondance est cependant relativement peu importante : un peu plus de 210 lettres pour une période de 36 ans, soit moins de six lettres par année. ». Mais elle prend en compte une valeur moyenne sans prendre en compte les longues périodes de silence.
[5] Thuillier, 2009, point 28 : Poussin rappelle à plusieurs reprises que son métier n’est pas de manier la plume. Mais justement il insiste trop. La vérité est que pour toutes ses lettres il est attentif à adopter les conventions propres au genre épistolaire en général et à chacun de ses types particuliers. […} Enfin Poussin paraît se faire un point d’honneur de rattacher au texte de sa missive la formule « votre très humble et très obéissant serviteur » par une habile transition qui de convention banale la transforme en une sorte de « chute » à la fois élégante et savante. C’est une recherche dont se dispensent même de grands écrivains du temps.
[6] Edition de la correspondance de Poussin par Anthony Blunt, Paris, 1994 (Poussin, 1994), p. 87, n. 57.
[7] Poussin, 1911, p. 197 : Mais à la fin quoy qu’il m’arive. je me résous de prendre le bien et supporter le mal.
[8] Negroni (Barbara de), Le temps du paysage. La représentation de la nature dans l’œuvre de Poussin, Cahiers philosophiques 2019/2 N° 157, p. 63.
[9] Nativel, 2011, p. 328.
[10] Montaigne, Essais, II, 2, Apologie de Raimond Sebond.
[11] Horace, Epitres II, 2.
[12] Q. Horace Flacce, Venusin, prince des lyriques latins, mises en vers françois, partie traduictes, partie veües & corrigees de nouveau, par M. Luc de La Porte, parisien, docteur ez droictz, & aduocat (…). A Paris, chez Claude Micard, demeurant ruë sainct Iean de Latran, à l’enseigne de la Bonne Foy, 1584. Exemplaire de la BM de Lyon (cote 345658).
[13] Oeuvres d’Horace, en latin, traduites en françois par M. Dacier et le P. Sanadon avec les remarques critiques, historiques et geographiques de l’un & de l’autre. Horatius Flaccus, Quintus, Amsterdam, Wetstein & Smith, 1735.
[14] Fréart de Chambray, Une Idée de la perfection de la peinture, Paris, 1662.
[15] François du Jon le jeune (29 janvier 1591 – 19 novembre 1677), Franciscus Junius, pasteur, érudit, bibliophile et philologue franco-italien spécialiste des langues germaniques et considéré comme le père de la philologie des langues germaniques.
[16] Franciscus Junius , De Pictura Veterum libri tres, Amsterdam, 1637
[17] Virgile, Énéide, VI, 146.
[18] Cojannot-Le Blanc (Marianne), À la recherche du rameau d’or, Nanterre, 2012, p. 15: À l’encontre de la position doctrinale de Fréart de Chambray, mais à l’encontre aussi de certaines explications contemporaines de ses œuvres, où tout choix est analysé comme mûrement pesé, Poussin défend ici la place essentielle du fatum, qui préside à l’invention d’un tableau. Affirmant dans une même phrase la maîtrise de l’artiste-auteur – il fait montre de son esprit et de son industrie – et sa dissolution – le fatum est finalement seul guide –, Poussin n’est pas sans évoquer la réponse de Michel-Ange aux sollicitations de Benedetto Varchi un bon siècle plus tôt, sur la prééminence de l’art de sculpture ou de peinture, livrant, comme son ancêtre, des considérations finalement assez énigmatiques.
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