Appelez-moi Golda: la “dame de fer” d’Israël s’invite au théâtre (Espace Rachi – Guy De Rothschild 39 Rue Broca, Paris)

di Philippe PREVAL

Appelez-moi Golda

Espace Rachi – Guy De Rothschild 39 Rue Broca, Paris

Le décor est très simple, un fauteuil, une méridienne, un guéridon. La troupe se réduit à une seule actrice qui évolue dans son modeste salon, s’assoit dans le fauteuil puis dans la méridienne, semble converser avec chaque spectateur comme s’il était dans la pièce avec elle. Rien ne semble devoir éveiller les passions. Et pourtant, le public a la gorge serrée lorsque la lumière s’éteint.

C’est qu’en une heure vingt, Valérie Zarrouk, seule en scène, a su rendre présente à chacun, rendre intimement et infiniment présente la grande figure de Golda Meir. Elle a su l’incarner, lui donner vie, être la petite fille de Kiev, l’adolescente de Milwaukee, Wisconsin, la jeune femme mariée à un artiste mélomane et sans le sou, la jeune militante sioniste émigrée en Palestine s’évertuant à rendre fertile une terre qui ne l’était pas, la responsable politique, la mère, la ministre, la première ministre, la grand-mère. Et au bout du compte, quand le récit se clôt à l’automne 1978, à l’hôpital Hadassah de Jérusalem, c’est comme si on perdait un être cher.

Quand on voit le personnel politique dont est affublé notre époque, ici, là et ailleurs, on est effrayé par le changement de niveau, le changement d’échelle. Golda Meir, dont David Ben Gourion, dit un jour qu’elle était « le seul homme de son cabinet », était de la trempe des Churchill, des de Gaule, des Roosevelt.

Figure 1: Golda et le phonographe de son mari Morris Meyerson

Comme on me l’a fait remarquer récemment, au XVII siècle on prenait des héros comme sujet pour écrire des romans ou des tragédies. Aujourd’hui on s’intéresse aux crapules,  et accommodées en vichyssoise, elles sont très appréciées des auteurs… Mais c’est bien d’une héroïne qu’il s’agit avec Golda Meir, qui semble dès ses premières années, être élue pour un destin hors norme.

Golda Mabovitch naît à Kiev en Ukraine dans l’Empire russe, dans une famille nombreuse, non pratiquante, respectant néanmoins les traditions juives. Elle est la septième des huit enfants d’un couple sans grands revenus. Le père est ébéniste mais souvent sans commande. Sa petite enfance se passe dans la peur et la hantise des pogroms, dans la crainte des descentes de cosaques. Son père doit clouer les ouvertures de leur maison pour protéger sa famille. Les crosses et les coups de poings résonnent sur les planches dont la fracture signifierait la mort pour Moshe, Blume et leurs enfants. Le grondement des chevaux, les coups de crosses sur la maison, les insultes ne quitteront jamais la mémoire de Golda comme ils traversent le spectacle. Mais Moshe ne se contente pas de maudire son sort, il milite dans des organisations socialistes et sionistes, des organisations dont le but ultime est de mettre fin à cette peur viscérale, à cette remise en cause permanente du droit d’exister de sa famille, de ses amis, de ce qu’on appellerait aujourd’hui, sa communauté. Puis, quand l’occasion s’en présente, il fait le grand voyage vers les Etats Unis. Il y part en éclaireur et parvient à faire venir sa famille en 1906 à Milwaukee, où il s’est installé, après avoir exercé divers métiers.

De son adolescence américaine, Golda gardera une bonne pratique de l’anglais qui sera fort utile à une ambassadrice et à une ministre des Affaires étrangères. Ce n’est pas une future dirigeante que veulent fabriquer les époux Mabovitch, mais une bonne épouse, d’un homme plus âgé et bien assis dans la société. Même un militant socialiste peut avoir les idées courtes. Ce destin n’est pas celui de Golda. Elle refuse le programme familial. Elle fuit rejoindre sa sœur, qui est elle-même engagée dans l’action politique et qui est un peu son modèle, à Denver, Colorado, à 1500 km de chez elle. Belle fugue pour une adolescente ! Là, elle rencontre un jeune peintre d’affiches mais aussi poète, Morris Meyerson. Elle l’épouse à l’âge de 19 ans.

On est en 1917. La première guerre mondiale ne semble pas l’avoir passionnée, pas plus que la révolution russe. Mais le conflit accouche d’un monde nouveau et en particulier … de la déclaration Balfour qui marque l’engagement du Gouvernement britannique en faveur de l’établissement d’un foyer national juif en Palestine. Ce n’est encore qu’une vague promesse, mais Golda comme des milliers d’autres partout dans le monde, veut faire partie de ceux qui vont construire ce foyer. Aussi, bien que passée de l’Ukraine au Wisconsin, Golda n’a d’autre objectif que de repartir vers l’Est et de s’installer dans cette même Palestine ; ce qu’elle parvient à faire en 1923. Elle assume courageusement sa part de travail dans un kibboutz mais déménage à Tel Aviv, puis à Jérusalem. Elle a deux enfants et entre très tôt en politique et milite au sein de l’embryon du parti travailliste.

La seconde guerre mondiale ne la touche pas plus que la première, la shoah n’est pas évoquée dans la pièce, mais en 1948, l’ONU vote la création de l’état d’Israël et Golda fait partie des signataires de la déclaration d’indépendance. Comme chacun le sait, à peine créé, le nouvel état est attaqué par ses voisins arabes. S’en suit une période tumultueuse mêlant l’exaltation de la création d’une nouvelle nation et les guerres où à chaque fois Israël joue sa survie. Golda Meir est aux affaires tout au long de cette période, ministre du travail, ministre des Affaires étrangères, puis, alors qu’elle avait décidé de se retirer, première ministre, première ministre de la Guerre la plus longue et la plus dure, celle du Kippour ; en 1973. Sa fermeté et son courage, lui vaudront le surnom de « dame de fer », lequel sera repris par une autre femme politique, avec une aura bien moins grande cependant.

Toute cette vie défile dans ce salon. Les moments d’enthousiasme, les moments de douleur, de peur, de désarroi mais, même pendant ceux-ci, la flamme incandescente de la mission qu’elle s’est donnée, celle du sionisme, celle de créer un état où les juifs puissent vivre dans la paix et la liberté, un état sans pogrom, sans le lourd grondement des chevaux des cosaques et de tous les autres, ne quitte jamais le regard de Valérie Zarrouk. Aussi quand la lumière s’atténue et que la voix s’affaisse, évoquant la maladie, les trop nombreuses cigarettes, le mari disparu et la grande fatigue, et que l’agitation de la visite d’un petit fils a fait place au grand silence de la mort, on a l’impression d’assister au départ d’un proche, un proche qu’on a toujours connu et dont le nom ne s’effacera jamais.

Figure 2: Valérie Zarrouk et le metteur en scène Steve Suissa

C’est le talent de Valérie Zarrouk et de son metteur en scène, Steve Suissa, d’avoir créé ce moment de grande émotion et de profonde réflexion.

Mais on doit regretter aussi que ce très beau spectacle se déroule à une époque où pour donner une simple représentation théâtrale qui parle d’une femme politique juive, il faille des procédures de sécurité dignes d’un chef d’état et que l’événement ne puisse se tenir dans un théâtre classique, avec ses velours, ses ors et son verre de champagne au foyer ; mais dans un espace culturel disposant des moyens de sécurité ad hoc. C’est que Paris n’est plus sûr pour les juifs et leurs amis. Depuis 2015, la peste s’est installée et la République passe son temps à s’excuser d’exister et laisse ses principes d’universalisme, qui commencent par la sécurité de chacun, être bafoués par des minorités agissantes, factieuses ou même subversives au point que certains de leurs membres se promènent dans les institutions républicaines arborant kéfiés et drapeaux étrangers.

Il est temps de rétablir l’ordre républicain et de permettre aux braves gens d’aller au théâtre en famille et en paix. Pour l’heure, il faut faire front et aller voir ce très beau spectacle, Appelez-moi Golda.

Philippe PREVAL Paris  26 Avril 2026

Versione italiana

La scenografia è molto semplice: una poltrona, una chaise longue, un tavolino. Il cast è composto da un’unica attrice che recita all’interno del suo modesto salotto, sedendosi prima sulla poltrona e poi sulla chaise longue, conversando apparentemente con ogni spettatore come se si trovasse nella stanza con lei. Nulla sembra pensato per suscitare emozioni. Eppure, il pubblico sente un nodo alla gola quando le luci si abbassano. Perché in appena un’ora e venti minuti, Valérie Zarrouk, sola sul palco, è riuscita a rendere la figura imponente di Golda Meir presente a ogni spettatore, intimamente e infinitamente presente. L’ha incarnata, le ha dato la vita, è stata la bambina di Kiev, l’adolescente di Milwaukee, Wisconsin, la giovane donna sposata con un artista amante della musica e senza un soldo, la giovane attivista sionista emigrata in Palestina per rendere fertile una terra arida, la leader politica, la madre, la ministra, il primo ministro, la nonna. E alla fine, quando la storia si conclude nell’autunno del 1978 all’ospedale Hadassah di Gerusalemme, è come se avessimo perso una persona cara. Quando osserviamo le figure politiche che popolano la nostra epoca, qui, lì e altrove, siamo spaventati dal cambiamento di livello, dal cambiamento di scala. Golda Meir, che David Ben-Gurion una volta descrisse come “l’unico uomo nel suo gabinetto”, era dello stesso calibro di Churchill, de Gaulle e Roosevelt.
Come qualcuno mi ha fatto notare di recente, nel XVII secolo gli eroi erano i soggetti di romanzi e tragedie. Oggi siamo interessati ai furfanti, e quando vengono ritratti in stile Vichy, sono molto popolari tra gli autori… Ma qui stiamo parlando di un’eroina, Golda Meir, che fin dalla più tenera età sembra destinata a un destino straordinario. Golda Mabovitch nacque a Kiev, in Ucraina, nell’Impero russo, in una famiglia numerosa e non praticante che tuttavia rispettava le tradizioni ebraiche. Era la settima di otto figli di una coppia con scarse risorse. Suo padre era un ebanista, ma spesso senza lavoro. La sua prima infanzia trascorse nella paura e nel terrore dei pogrom, nel timore delle incursioni dei cosacchi. Suo padre dovette inchiodare le finestre di casa per proteggere la famiglia. I calci dei fucili e i pugni echeggiavano sul pavimento, la cui rottura avrebbe significato la morte per Moshe, Blume e i loro figli. Il ruggito dei cavalli, i colpi di calcio del fucile contro la casa, gli insulti: tutto ciò non abbandonerà mai la memoria di Golda, così come permea l’intera rappresentazione. Ma Moshe non si limita a maledire il suo destino; si impegna attivamente in organizzazioni socialiste e sioniste, il cui obiettivo finale è porre fine a questa paura viscerale, a questo costante dubbio sul diritto all’esistenza della sua famiglia, dei suoi amici, di quella che oggi chiameremmo la sua comunità. Poi, quando si presenta l’occasione, intraprende il lungo viaggio verso gli Stati Uniti. Vi si reca come esploratore e riesce a portare la sua famiglia a Milwaukee nel 1906, dove si stabilisce dopo aver svolto diversi lavori. Fin dalla sua adolescenza americana, Golda ha mantenuto un’ottima padronanza dell’inglese, che si rivelerà preziosa per un ambasciatore e un ministro degli esteri. I coniugi Mabovitch non desideravano creare un futuro leader, ma una brava moglie per un uomo più anziano con una solida posizione sociale. Ma questo non era il destino di Golda. Rifiutò il progetto di vita familiare. Scappò di casa per raggiungere sua sorella, anch’essa impegnata nell’attivismo politico e per lei una sorta di modello, a Denver, in Colorado, a 1500 km da casa. Una fuga piuttosto audace per un’adolescente! Lì conobbe un giovane artista di manifesti e poeta, Morris Meyerson. Lo sposò a 19 anni.
È il 1917. La Prima Guerra Mondiale non sembra averla particolarmente colpita, né lo è stata la Rivoluzione Russa. Ma il conflitto dà vita a un mondo nuovo e, in particolare, alla Dichiarazione di Balfour, che sancisce l’impegno del governo britannico a creare una patria nazionale ebraica in Palestina. È ancora solo una vaga promessa, ma Golda, come migliaia di altre persone in tutto il mondo, vuole essere tra coloro che costruiranno questa patria. Così, pur essendosi trasferita dall’Ucraina al Wisconsin, Golda non ha altro obiettivo che tornare a est e stabilirsi in Palestina; cosa che riesce a fare nel 1923. Accetta coraggiosamente la sua parte di lavoro in un kibbutz, ma si trasferisce prima a Tel Aviv e poi a Gerusalemme. Ha due figli ed entra in politica molto presto, facendo campagna elettorale all’interno del nascente Partito Laburista. La Seconda Guerra Mondiale non la colpisce più della Prima; l’Olocausto non viene menzionato nell’opera. Ma nel 1948, le Nazioni Unite votano per la creazione dello Stato di Israele e Golda è tra i firmatari della Dichiarazione di Indipendenza. Come tutti sanno, appena nato, il nuovo Stato fu attaccato dai suoi vicini arabi. Seguì un periodo tumultuoso, un misto tra l’euforia per la creazione di una nuova nazione e guerre in cui era in gioco la stessa sopravvivenza di Israele. Golda Meir fu attiva nel governo durante tutto questo periodo: Ministro del Lavoro, Ministro degli Affari Esteri e poi, dopo aver deciso di ritirarsi, Primo Ministro – il primo Primo Ministro della guerra più lunga e brutale, la Guerra dello Yom Kippur, nel 1973. La sua fermezza e il suo coraggio le valsero il soprannome di “Lady di Ferro”, un titolo poi adottato da un’altra donna politica, sebbene con un’aura ben meno incisiva. Tutta questa vita si svolge in questo salotto. Momenti di entusiasmo, momenti di dolore, paura e disperazione, ma anche in questi momenti, la fiamma incandescente della sua missione autoimposta, quella del sionismo, della creazione di uno stato in cui gli ebrei potessero vivere in pace e libertà, uno stato senza pogrom, senza il fragore assordante dei cavalli cosacchi e tutto il resto, non ha mai abbandonato lo sguardo di Valérie Zarrouk. Così, quando la luce si affievolisce e la sua voce vacilla, evocando la malattia, le troppe sigarette, il marito defunto e una profonda stanchezza, e quando l’emozione della visita di un nipote cede il passo al profondo silenzio della morte, si ha l’impressione di assistere alla scomparsa di una persona cara, una persona cara che si è sempre conosciuta e il cui nome non sarà mai dimenticato. È merito di Valérie Zarrouk e del suo regista, Steve Suissa, aver saputo creare questo momento di grande emozione e profonda riflessione.
È altrettanto deplorevole che questo splendido spettacolo si svolga in un momento in cui la messa in scena di una semplice rappresentazione teatrale su un politico ebreo richiede misure di sicurezza degne di un capo di Stato, e che l’evento non possa tenersi in un teatro tradizionale, con il suo velluto, l’oro e lo champagne nell’atrio, ma in un luogo culturale dotato di adeguate misure di sicurezza. Il fatto è che Parigi non è più sicura per gli ebrei e i loro amici. Dal 2015, questa piaga si è diffusa e la Repubblica passa il tempo a scusarsi della propria esistenza, permettendo che i suoi principi di universalismo, che iniziano con la sicurezza di ogni individuo, vengano calpestati da minoranze attive, faziose o addirittura sovversive, al punto che alcuni dei loro membri si aggirano per le istituzioni repubblicane sfoggiando kefiah e bandiere straniere. È tempo di ristabilire l’ordine repubblicano e permettere alle persone perbene di andare a teatro con le proprie famiglie in pace. Per ora, dobbiamo restare uniti e andare a vedere questo bellissimo spettacolo, Chiamami Golda.